La mise en valeur énergies renouvelables à grande échelle doit apporter une solution pérenne à l’épuisement des ressources énergétique fossiles. Mais la refonte de notre système énergétique soulève de nombreux défis techniques. La communauté scientifique est mobilisée, et des dispositifs toujours plus ingénieux de production et de stockage d’énergie émergent des laboratoires de recherche. Les systèmes innovants les plus courants, présentent une spécificité commune : ils incorporent des Terres Rares, un groupe de 17 métaux dont les propriétés sont si semblables qu’il est difficile de les différencier. Les Terres Rares, contrairement à ce que laisse suggérer leur nom, ne sont pas rares, mais elles sont inégalement réparties dans l’écorce terrestre et sont le plus souvent présentes à des concentrations telles qu’il n’est économiquement pas viable de les exploiter. Dès lors, l’intensification de leur utilisation soulève de véritables enjeux d’ordre géostratégique qui remettent en question le nouveau modèle énergétique prôné par des scientifiques convaincus que le recours aux énergies renouvelables évincerait le problème de la raréfaction des ressources en hydrocarbures. Serions-nous en train de remplacer une ressource organique épuisable par une ressource inorganique en accès limité ? Les difficultés d’exploitation des Terres Rares semblent sérieusement menacer l’engouement pour des énergies en accès illimité.
Un symbole de la révolution énergétique
Les Terres Rares jouent un rôle clef dans la Révolution Verte parce qu’elles sont dotées de propriétés catalytiques, magnétiques, optiques, électriques et chimiques particulièrement intéressantes pour l’industrie énergétique. Quelques exemples illustrent l’importance croissante que les Terres Rares ont prise dans notre paysage énergétique : Le Néodyme et le Dysprosium ont permis de réaliser de véritables progrès en matière de sobriété énergétique. Les scientifiques se sont servis de ces éléments pour mettre au point de puissants aimants permanents qui ont considérablement accru la rentabilité des moteurs électriques notamment dans l’industrie des véhicules électriques et dans le secteur éolien. Les spécialistes de l’efficacité énergétique caressent l’idée de les intégrer à toute forme de moteur électrique industriel.
- Le Lanthane est un composant essentiel des piles à hydrogène et des batteries pour véhicules électriques et hybrides.
- Le Praséodyme et le Terbium sont utilisés dans la construction des moteurs de voiture hybride.
L’industrie du véhicule électrique est très gourmande en métaux et Terres Rares et il est n’est pas certain que l’industrie minière telle qu’elle se présente actuellement, puisse répondre aux besoins d’une production de masse. La perspective d’une voiture électrique produite en large série et à faible coût pourrait bien être sérieusement compromise tant que l’accès aux ressources minérales ne sera pas garanti. Le problème des Terres Rares ne tient pas tant à leur rareté qu’au coût environnemental de leur exploitation et à la mainmise de la Chine sur cette industrie.
Un coût environnemental élevé
L’exploitation des Terres Rares est longue, elle repose sur des procédés chimiques polluants et peut être source de déchets radioactifs. La Chine, premier producteur mondial de Terres Rares, en fait les frais et doit faire face aux dommages environnementaux de grande ampleur causés par son industrie minière. En effet, le coût de retraitement des déchets est souvent négligé dans les exploitations qui subissent peu de contrôles ou qui opèrent même parfois dans l’illégalité. Certaines exploitations à ciel ouvert comme la mine de Baotou en Mongolie intérieure vomissent des déchets dans le désert sans guère se soucier de l’impact environnemental. Selon les autorités chinoises, la production d’une tonne de terres rares génère en moyenne 60 000 mètres cubes de gaz acides sulfurique et hydrofluorique, 200 mètres cubes d’eau acide, et 1,4 tonne de déchets radioactifs. Ces dégradations causées par ces exploitations peu respectueuses de l’environnement soulèvent de nombreuses oppositions locales et ont entraîné un désengagement progressif des pays occidentaux. Aujourd’hui les projets prennent du temps à se relancer. Et certains Etats envisagent d’aller traiter les minerais hors de leurs frontières pour ne pas polluer sur leurs terres. Les Australiens de Lynas Corporation ont ainsi prévu de traiter leur production de minerais du site du Mont Weld en Malaisie malgré les réticences de la population malaisienne.
Une production tenue par les Chinois
En 1992, Deng Xiao Ping déclarait que les terres rares étaient « le pétrole de la Chine », convaincu que son pays tirerait un avantage politique et stratégique décisif de l’exploitation de ces richesses. Dès lors, la Chine mena une politique agressive de prix qui entraina une chute des cours et donc de la rentabilité chez les autres pays producteurs. Des acteurs historiques comme le site de Mountain Pass aux Etats Unis cessèrent d’exploiter les Terres Rares et la Chine réussit à étouffer la concurrence. A la fin de l’année 2010, la Chine concentrait ainsi 97% de la production mondiale de Terres Rares et ce, malgré la présence de ces ressources dans d’autres régions du globe. Aujourd’hui, il n’y a guère plus que la compagnie estonienne Silmet qui tire encore son épingle du jeu et constitue une alternative au quasi monopole chinois.
En 2006 cependant, la Chine réalise qu’avec la montée en gamme de son industrie, d’ici 15 ans, ses besoins en Terres Rares ne pourront plus être satisfaits par leur seul marché intérieur. La Chine n’aura pas le choix et devra importer. Les délais d’ouverture de mine étant relativement longs, environ 5 ans, les Chinois ont compris la nécessité de stimuler le marché extérieur afin d’accroitre les capacités de production mondiales. Ils ont ainsi mis fin à plus d’une décennie de prix excessivement bas afin de générer un signal prix suffisamment fort pour initier le retour des industries minières étrangères sur le marché. Dans leur course aux énergies nouvelles, les pays industrialisés avaient en effet largement profité des Terres Rares à petit prix au détriment du développement de leurs propres capacités d’exploitation. Mais sous prétexte de limiter la production illégale et maîtriser la surexploitation, les Chinois ont mis en place un système de quotas de vente assorti d’un prix à l’exportation plus élevé que celui destiné à la consommation interne. Les industriels chinois se garantissent ainsi un accès privilégié à une ressource indispensable à leur croissance tandis que le « reste du monde » voit ses capacités d’achat se réduire chaque année. De fait, les quantités de Terres Rares autorisées sur le marché mondial sont décidées par le gouvernement chinois. Les industriels dépendants de ses ressources énergétiques ont bien déposé un recours devant l’Organisation Mondiale du Commerce fin 2010mais malgré les sanctions formulées à l’encontre de la Chine en juillet 2011, celle-ci a réaffirmé la nécessité de prendre en compte « le caractère épuisable et stratégique » des Terres Rares, refusant ainsi de remettre en cause sa politique.
La dépendance des industriels aux Terres Rares chinoises rappelle dangereusement notre dépendance vis-à-vis des Etats pétroliers. Comme le pétrole, les Terres Rares constituent une arme diplomatique destinée à protéger les intérêts chinois. La crise diplomatique avec le Japon en 2010 illustre parfaitement le nouveau rapport de forces qui s’est instauré sur la scène mondiale. Afin de faire pression sur le Japon à qui elle dispute la propriété d’une zone maritime riche en gaz naturel, la Chine prit la décision de réduire drastiquement ses quotas d’exportations de Terres Rares vers le Japon. Les Japonais, dont l’industrie de haute technologie est particulièrement dépendante des importations chinoises de Terres Rares, ont alors massivement débloqué des fonds de recherche afin de trouver des substituts aux Terres Rares. Si on ne peut plus faire d’aimants permanents pour les voitures électriques en raison de caprices chinois, on les remplacera par des électroaimants, affirme Toyota, même si cela se fait au détriment de l’efficacité énergétique globale du moteur.
Vers une évolution de l’industrie des Terres Rares
La réaction Japonaise reçut un accueil inattendu à Pékin. En effet, le gouvernement Chinois a brutalement reconnu que l’exploitation des terres rares étaie à l’origine de vastes pollutions chimiques – dues à une structure mal consolidée des entreprises productrices, selon le ministre du commerce – et ne pouvait se conjuguer avec des exigences de développement durable. La Chine rapprocha alors ses centres de recherche de ceux du Japon afin de travailler ensemble au développement de techniques de substitution. Dans la foulée, des normes de respect de l’environnement furent imposées aux producteurs chinois afin d’accélérer leur modernisation et d’éliminer les canards boiteux. Cette réforme du secteur minier devrait donner naissance à de nouveaux géants miniers en Chine dans les prochains mois.
Les autres pays ont pris conscience du danger d’une dépendance vis-à-vis de la Chine dans des industries qui pourraient bien devenir stratégique dans les prochaines années. Les Etats-Unis ont déjà débloqué les fonds nécessaires à la réouverture de la mine du Mountain Pass. Les Australiens par le biais de Lynas Corporation exploitent les Terres Rares sur le site du Mont Weld en Malaisie en dépit des inquiétudes de la population locale. L’Inde, le Canada et l’Afrique du Sud prévoient de leur emboîter le pas et se lancer également dans l’exploitation de ce nouvel « or gris » présent dans leurs sous-sols. De nombreuses années s’écouleront avant que ces projets ne soient pleinement opérationnels. Comme à chaque fois qu’il est question d’accès aux ressources, la situation internationale se tend. De nouvelles crises sont à prévoir et les jeux ne sont pas encore faits entre les Etats pour savoir qui remportera la part du lion. Le Révolution Verte risque fort de virer au rouge.

Très intéressant, on voit bien que rien n’est simple et qu’il faut développer la recherche.