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	<title>Bulles de Savants</title>
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	<description>Réflexions scientifiques sur le monde, ses habitants et leurs systèmes</description>
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		<title>Le nucléaire à la loupe</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 22:18:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bulles de Savants</dc:creator>
				<category><![CDATA[Infos du site]]></category>

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		<description><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/journal-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Infos du site" /><br/>Après une longue période de silence de notre part, notre labo a pu rouvrir ses portes. Entre autres articles, nous réfléchissons à un dossier en plusieurs parties sur l'énergie nucléaire.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/journal-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Infos du site" /><br/><p>Bonjour à vous, amis lecteurs.<br />
Après une longue période de silence de notre part, notre labo a pu rouvrir ses portes &#8211; une aubaine en période de restriction budgétaire. Et cela fait quelques temps que Pao et Neptune investiguent pour comprendre l&#8217;envers du décor de la production nucléaire. Sujet brûlant et très d&#8217;actualité. Nous espérons vous faire part d&#8217;un point de vue le plus objectif possible sur le sujet. Car après tout, la catastrophe de Fukushima permet désormais une opposition plus réaliste et moins idéologique. Mais dans la guerre médiatique et les arguments pseudo-scientifiques, il faut toujours autant savoir trier.</p>
<p>Pour 2012, nous allons essayer de vous proposer des articles de qualité pour répondre aux questions majeures de cette filière comme :</p>
<ul>
<li>Combustible : A-t-on assez d&#8217;Uranium et peut-on l&#8217;extraire dans de bonnes conditions ? Le Mox est-il dangereux ?</li>
<li>Démantèlement : un chantier titanesque pour une facture gargantuesque ?</li>
<li>La construction de nouvelles centrales : toujours aussi économiquement compétitif ?</li>
<li>Arrêt du nucléaire : quel impact sur le réchauffement climatique ?</li>
<li>Accidents mineurs et majeurs : quels dégâts ? Quelle probabilité d’occurrence ?</li>
<li>Retraitement des déchets : quel monde allons-nous laisser aux futures générations ?</li>
<li>Nucléaire demain : entre la 4e génération et la fission, doit-on continuer la recherche ?</li>
</ul>
<p>&#8230; Et vous serez mieux calé sur la question que les présidentiables français.</p>
<p>(<a href="http://www.flickr.com/photos/truthout/4774149810/">Source de l&#8217;image</a>)</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
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		<title>Le plan énergétique durable de négaWatt pour la France</title>
		<link>http://www.bulles-de-savants.com/bullactu/bulle-de-presse/la-plan-energetique-durable-de-negawatt-pour-la-france</link>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 21:57:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bulles de Savants</dc:creator>
				<category><![CDATA[Revue de presse]]></category>

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		<description><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/journal-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Revue de presse" /><br/>En 2011, l'association négaWatt sort la dernière version de son modèle énergétique français, permettant de prouver que sortir du nucléaire et rester indépendant énergétiquement grâce aux énergies renouvelables, c'est techniquement possible, et pas simplement souhaitable.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/journal-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Revue de presse" /><br/><p>négaWatt est une association d&#8217;ingénieur dont le but est de promouvoir l&#8217;énergie durable à travers 3 points : efficacité énergétique, économie d&#8217;énergie et énergies renouvelables.</p>
<p>En 2011, ils ont sorti la dernière version de leur modèle, permettant de prouver que sortir du nucléaire et rester indépendant énergétiquement grâce aux énergies renouvelables, c&#8217;est techniquement possible, et pas simplement souhaitable.</p>
<p>Le laboratoire vous conseille de jeter un œil sur leur dossier que vous trouverez <a href="http://www.negawatt.org/scenario-negawatt-2011-p46.html" target=_blank>en suivant ce lien vers leur site.</a></p>
<p>Au menu, trois objectifs :</p>
<blockquote><ul>
<li>montrer qu&#8217;une société dite « développée » peut subvenir à ses besoins en diminuant considérablement l&#8217;utilisation d&#8217;énergies fossiles et nucléaire.</li>
<li>proposer des mesures concrètes permettant une réelle transition énergétique</li>
<li>apporter une contribution technique au débat sur la politique énergétique de la France.</li>
</blockquote>
<p>(<a href="http://www.flickr.com/photos/bazik/395792175/">Source de l&#8217;image</a>)</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Des Terres Rares qui verdissent l&#8217;énergie mais dégradent l&#8217;environnement</title>
		<link>http://www.bulles-de-savants.com/bullosphere/bulle-de-courant/des-terres-rares-qui-verdissent-lenergie-mais-degradent-lenvironnement</link>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 21:22:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Professeur Neptune</dc:creator>
				<category><![CDATA[Energie]]></category>

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		<description><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/eolienne-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Energie" /><br/>Au cœur de la révolution vertes : les Terres Rares. Ces métaux aux propriétés étonnantes voient pourtant leur production entachée de graves pollutions, et être utilisée comme arme diplomatique par le gouvernement Chinois.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/eolienne-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Energie" /><br/><p>La mise en valeur énergies renouvelables à grande échelle doit apporter une solution pérenne à l&#8217;épuisement des ressources énergétique fossiles. Mais la refonte de notre système énergétique soulève de nombreux défis techniques. La communauté scientifique est mobilisée, et des dispositifs toujours plus ingénieux de production et de stockage d&#8217;énergie émergent des laboratoires de recherche. Les systèmes innovants les plus courants, présentent une spécificité commune : ils incorporent des Terres Rares, un groupe de 17 métaux dont les propriétés sont si semblables qu&#8217;il est difficile de les différencier. Les Terres Rares, contrairement à ce que laisse suggérer leur nom, ne sont pas rares, mais elles sont inégalement réparties dans l&#8217;écorce terrestre et sont le plus souvent présentes à des concentrations telles qu&#8217;il n&#8217;est économiquement pas viable de les exploiter. Dès lors, l&#8217;intensification de leur utilisation soulève de véritables enjeux d&#8217;ordre géostratégique qui remettent en question le nouveau modèle énergétique prôné par des scientifiques convaincus que le recours aux énergies renouvelables évincerait le problème de la raréfaction des ressources en hydrocarbures.  Serions-nous en train de remplacer une ressource organique épuisable par une ressource inorganique en accès limité ? Les difficultés d&#8217;exploitation des Terres Rares semblent sérieusement menacer l&#8217;engouement pour des énergies en accès illimité. </p>
<h2>Un symbole de la révolution énergétique</h2>
<p>Les Terres Rares jouent un rôle clef dans la Révolution Verte parce qu&#8217;elles sont dotées de  propriétés catalytiques, magnétiques, optiques, électriques et chimiques particulièrement intéressantes pour l&#8217;industrie énergétique. Quelques exemples illustrent l’importance croissante que les Terres Rares ont prise dans notre paysage énergétique : Le Néodyme et le Dysprosium ont permis de réaliser de véritables progrès en matière de sobriété énergétique. Les scientifiques se sont servis de ces éléments pour mettre au point de puissants aimants permanents qui ont considérablement accru la rentabilité des moteurs électriques notamment dans l’industrie des véhicules électriques et dans le secteur éolien. Les spécialistes de l’efficacité énergétique caressent l’idée de les intégrer à toute forme de moteur électrique industriel. </p>
<ul>
<li>Le Lanthane est un composant essentiel des piles à hydrogène et des batteries pour véhicules électriques et hybrides.</li>
<li>Le Praséodyme et le Terbium sont utilisés dans la construction des moteurs de voiture hybride.</li>
</ul>
<p>L’industrie du véhicule électrique est très gourmande en métaux et Terres Rares et il est n’est pas certain que l’industrie minière telle qu’elle se présente actuellement, puisse répondre aux besoins d’une production de masse. La perspective d’une voiture électrique produite en large série et à faible coût pourrait bien être sérieusement compromise tant que l’accès aux ressources minérales ne sera pas garanti. Le problème des Terres Rares ne tient pas tant à leur rareté qu’au coût environnemental de leur exploitation et à la mainmise de la Chine sur cette industrie.</p>
<h2>Un  coût environnemental élevé</h2>
<p>L’exploitation des Terres Rares est longue, elle repose sur des procédés chimiques polluants et peut être source de déchets radioactifs. La Chine, premier producteur mondial de Terres Rares, en fait les frais et doit faire face aux dommages environnementaux de grande ampleur causés par son industrie minière. En effet, le coût de retraitement des déchets est souvent négligé dans les exploitations qui subissent peu de contrôles ou qui  opèrent même parfois dans l’illégalité. Certaines exploitations à ciel ouvert comme la mine de Baotou en  Mongolie intérieure vomissent des déchets dans le désert sans guère se soucier de l’impact environnemental. Selon les autorités chinoises, la production d’une tonne de terres rares génère en moyenne 60 000 mètres cubes de gaz acides sulfurique et hydrofluorique, 200 mètres cubes d’eau acide, et 1,4 tonne de déchets radioactifs. Ces dégradations causées par ces exploitations peu respectueuses de l’environnement soulèvent de nombreuses oppositions locales et ont entraîné un désengagement progressif des pays occidentaux. Aujourd’hui les projets prennent du temps à se relancer. Et certains Etats envisagent d’aller traiter les minerais hors de leurs frontières pour ne pas polluer sur leurs terres. Les Australiens de Lynas Corporation ont ainsi prévu de traiter leur production de minerais du site du Mont Weld en Malaisie malgré les réticences de la population malaisienne.</p>
<h2>Une production tenue par les Chinois</h2>
<p>En 1992, Deng Xiao Ping déclarait que les terres rares étaient « le pétrole de la Chine », convaincu que son pays tirerait un avantage politique et stratégique décisif de l’exploitation de ces richesses. Dès lors, la Chine mena une politique agressive de prix qui entraina une chute des cours et donc de la rentabilité chez les autres pays producteurs. Des acteurs historiques comme le site de Mountain Pass aux Etats Unis cessèrent d’exploiter les Terres Rares et la Chine réussit à étouffer la concurrence. A la fin de l’année 2010, la Chine concentrait ainsi 97% de la production mondiale de Terres Rares et ce, malgré la présence de ces ressources dans d’autres régions du globe. Aujourd’hui, il n’y a guère plus que la compagnie estonienne Silmet qui tire encore son épingle du jeu et constitue une alternative au quasi monopole chinois.<br />
En 2006 cependant, la Chine réalise qu’avec la montée en gamme de son industrie, d’ici 15 ans, ses besoins en Terres Rares ne pourront plus être satisfaits par leur seul marché intérieur. La Chine n’aura pas le choix et devra importer. Les délais d’ouverture de mine étant relativement longs, environ 5 ans, les Chinois ont compris la nécessité de stimuler le marché extérieur afin d’accroitre les capacités de production mondiales. Ils  ont ainsi mis fin à plus d’une décennie de prix excessivement bas afin de générer un signal prix suffisamment fort pour initier le retour des industries minières étrangères sur le marché. Dans leur course aux énergies nouvelles, les pays industrialisés avaient en effet largement profité des Terres Rares à petit prix au détriment du développement de leurs propres capacités d’exploitation. Mais sous prétexte de limiter la production illégale et maîtriser la surexploitation, les Chinois ont mis en place un système de quotas de vente assorti d’un prix à l’exportation plus élevé que celui destiné à la consommation interne. Les industriels chinois se garantissent ainsi  un accès privilégié à une ressource indispensable à leur croissance tandis que le « reste du monde » voit ses capacités d’achat se réduire chaque année. De fait, les quantités de Terres Rares autorisées sur le marché mondial sont décidées par le gouvernement chinois. Les industriels dépendants de ses ressources énergétiques ont bien déposé un recours devant l’Organisation Mondiale du Commerce fin 2010mais malgré les sanctions formulées à l’encontre de la Chine en juillet 2011, celle-ci a réaffirmé la nécessité de prendre en compte « le caractère épuisable et stratégique » des Terres Rares, refusant ainsi de remettre en cause sa politique.</p>
<p>La dépendance des industriels aux Terres Rares chinoises rappelle dangereusement notre dépendance vis-à-vis des Etats pétroliers. Comme le pétrole, les Terres Rares constituent une arme diplomatique destinée à protéger les intérêts chinois. La crise diplomatique avec le Japon en 2010 illustre parfaitement le nouveau rapport de forces qui s’est instauré sur la scène mondiale. Afin de faire pression sur le Japon à qui elle dispute la propriété d’une zone maritime riche en gaz naturel, la Chine prit la décision de réduire drastiquement ses quotas d’exportations de Terres Rares vers le Japon. Les Japonais, dont l’industrie de haute technologie est particulièrement dépendante des importations chinoises de Terres Rares, ont alors massivement débloqué des fonds de recherche afin de trouver des substituts aux Terres Rares. Si on ne peut plus faire d’aimants permanents pour les voitures électriques en raison de caprices chinois, on les remplacera par des électroaimants, affirme Toyota, même si cela se fait au détriment de l’efficacité énergétique globale du moteur.</p>
<h2>Vers une évolution de l’industrie des Terres Rares</h2>
<p>La réaction Japonaise reçut un accueil inattendu à Pékin. En effet, le gouvernement Chinois a brutalement reconnu que l’exploitation des terres rares étaie à l’origine de vastes pollutions chimiques – dues à une structure mal consolidée des entreprises productrices, selon le ministre du commerce – et ne pouvait se conjuguer avec des exigences de développement durable. La Chine  rapprocha alors ses centres de recherche de ceux du Japon afin de travailler ensemble au développement de techniques de substitution. Dans la foulée, des normes de respect de l’environnement furent imposées aux producteurs chinois afin d’accélérer leur modernisation et d’éliminer les canards boiteux. Cette réforme du secteur minier devrait donner naissance à de nouveaux géants miniers en Chine dans les prochains mois.</p>
<p>Les autres pays ont pris conscience du danger d’une dépendance vis-à-vis de la Chine dans des industries qui  pourraient bien devenir stratégique dans les prochaines années. Les Etats-Unis ont déjà débloqué les fonds nécessaires à la réouverture de la mine du Mountain Pass. Les Australiens par le biais de Lynas Corporation exploitent les Terres Rares sur le site du Mont Weld en Malaisie en dépit des inquiétudes de la population locale. L’Inde, le Canada et l’Afrique du Sud prévoient de leur emboîter le pas et se lancer également dans l’exploitation de ce nouvel « or gris » présent dans leurs sous-sols. De nombreuses années s’écouleront avant que ces projets ne soient pleinement opérationnels. Comme à chaque fois qu’il est question d’accès aux ressources, la situation internationale se tend. De nouvelles crises sont à prévoir et les jeux ne sont pas encore faits entre les Etats pour savoir qui remportera la part du lion. Le Révolution Verte risque fort de virer au rouge.</p>
<p>(<a href="http://www.flickr.com/photos/zilpho/3912083560/" target=_blank>Source de l&#8217;image : &laquo;&nbsp;Pollution Inner Mongolia&nbsp;&raquo;</a>)</p>
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		<title>Le microcrédit, un outil efficace contre la pauvreté ?</title>
		<link>http://www.bulles-de-savants.com/econopolis/econobulle/le-microcredit-outil-efficace-contre-la-pauvrete</link>
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		<pubDate>Thu, 20 May 2010 07:27:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Professeur Pao</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economie]]></category>

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		<description><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/balance-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Economie" /><br/>Apparu dans les années 1970, le microcrédit est un ingénieux concept visant à permettre aux plus démunis de développer leur entreprise. Nombreuses sont les ONG qui ont répandu le concept à travers le monde, persuadées qu'il s'agissait là d'un moyen révolutionnaire pour réduire la pauvreté dans le monde.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/balance-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Economie" /><br/><p>L’aventure du microcrédit débute en 1974 dans un petit village du Bangladesh. Au cours d’un voyage d’étude avec ses étudiants, M. Muhammad Yunus, alors jeune professeur d’économie, interroge une femme qui confectionne des paniers en bambous. Elle lui explique que pour acheter le bambou nécessaire à son ouvrage, elle est contrainte de s’endetter à des taux usuriers, pouvant atteindre jusqu’à 10% la semaine. Yunus comprend bien vite que si cette artisane avait pu emprunter à des taux raisonnables alors elle n’aurait pas à consacrer l’essentiel de ses bénéfices au remboursement de ses emprunts et pourrait s’assurer un revenu soutenable. Il décide donc de lui prêter de sa propre poche, ainsi qu’à une quarantaine d’autres artisans, l’équivalent de 27 dollars. Poursuivant sur sa lancée, il fonde en 1976 la Grameen Bank, ou banque du village : une institution financière uniquement destinée à prêter de petites sommes aux plus démunis : le microcrédit est né. Près de 30 ans plus tard,  l’Organisation des Nations Unies déclare l’année 2005 l’ « année internationale pour le microcrédit ». L’année suivante, en 2006, la Grameen Bank reçoit au nom de Muhammad Yunus, le prix Nobel de la paix. Depuis sa création, la Grameen bank s’est considérablement développée : en février 2010 elle comptait 2 563 filiales au Bangladesh et plus de 8.04 millions d‘emprunteurs dont 97% de femmes. Avec un taux de remboursement qui approche les 98%, l’histoire ressemble bien à une success story, citée en exemple par une communauté d’économistes fermement convaincus qu’on a là découvert la recette miracle contre la pauvreté. Un regard plus critique laisse cependant entrevoir un tableau plus mitigé quant à l’impact réel du microcrédit sur la pauvreté.</p>
<h2>Qu’est-ce que le microcrédit ?</h2>
<p>	Le concept du microcrédit regroupe à la fois le crédit à l’investissement, à la consommation ou au remboursement d’emprunts. De faible voire très faible montant, il est destiné à ceux qui ne peuvent emprunter via les réseaux bancaires classiques. En revanche, les taux d’intérêts pratiqués sont nettement plus élevés ; ils oscillent entre 10% et 20% par mois. Les conditions d’attribution de microcrédits par les instituts de micro-finances, les IMF, sont fondamentalement différentes des conditions de prêts requises par les banques. En effet, les emprunteurs qui font appel aux instituts de micro-finance sont pour la plupart considérés comme  insolvables. Le prêt est accordé non selon leur situation financière mais en fonction de la qualité de leur projet. Le système du microcrédit permet ainsi aux plus pauvres d’obtenir les moyens financiers pour créer ou développer une petite entreprise. Aujourd’hui, malgré des taux d’emprunts élevés et les , les taux de remboursement des microcrédits sont supérieurs à 95%, voire atteignent 99%. </p>
<h2>Pourquoi le microcrédit ?</h2>
<p>Les défenseurs du microcrédit, Muhammad Yunus en tête, perçoivent le microcrédit comme un moyen révolutionnaire pour éradiquer la pauvreté : « We can create a poverty-free world if we collectively believe in it—a world in which the only place you would be able to see poverty is in poverty museums. Some day, school children will be taken to visit these poverty museums». Dans les pays du Sud, de nombreux indigents s’établissent à leur compte pour s’assurer d’un revenu de subsistance. Du petit vendeur de nourriture dans la rue au tailleur dans son échoppe en passant par le cireur de chaussure itinérant, les villes et campagnes regorgent de micro-entreprises. En Inde, au Pakistan, au Nicaragua, ce sont entre 47% et 52% des ménages urbains les plus pauvres qui disposent de leur propre entreprise, Au Pérou ce chiffre atteint même 69% et cette proportion est encore plus importante dans les zones rurales. A titre de comparaison, la proportion d’entrepreneurs dans les pays de l’OCDE est de 12% (Microcrédit, miracle ou désastre ?, par Esther Duflo, LE MONDE | 11.01.10). Dans des pays où les filets de protection sociale n’existent pas, l’économie qui nait de ces petites activités est essentielle aux plus démunis afin qu’ils ne sombrent pas dans une misère plus profonde. Dans cette optique, le microcrédit apporte des solutions particulièrement bien adaptées aux besoins de cette économie.</p>
<h2>Un crédit avant tout destiné aux femmes</h2>
<p>	Lorsque Muhammad Yunus conçut le microcrédit, son intention était de privilégier avant tout les femmes. Dans un Etat musulman comme celui du Bangladesh où les femmes sont en général exclues des affaires et bridées dans leurs initiatives, l’idée était de leur attribuer un crédit afin de favoriser leur émancipation et lutter contre les discriminations. Il faut ajouter que selon Pitt et Khandker (1998) les femmes sont considérées comme des vecteurs essentiels de la lutte contre la pauvreté car elles ont font preuve d’un meilleur sens pratique dans la gestion des ressources et investissent davantage dans l’éducation et la santé. </p>
<h2>Comment ça fonctionne ? </h2>
<p>	Dans toute relation entre un emprunteur et un organisme de crédit, il existe ce qu’on appelle une asymétrie d’informations : seul l’emprunteur connaît l’état réel de sa situation. Afin de se prémunir contre un défaut de paiement vis à vis d’un emprunteur qu’elle ne connaît pas, une banque classique peut exiger en plus d’une attestation de ses revenus, une lettre de garantie d’un collatéral. Dans le cas où l’emprunteur est une entreprise, la banque requiert un exemplaire de la tenue de ses comptes et examine soigneusement toute une série d’indicateurs qui lui permettront d’apprécier la solidité de sa situation financière en fonction du contexte économique. Le microcrédit s’inscrit dans une démarche profondément différente : l’organisme de micro-finance n’impose aucune garantie de l’entrepreneur et ne dispose d’aucune information sur son honnêteté et son sérieux. Pour limiter la prise de risque, l’organisme peut solliciter de l’emprunteur qu’il constitue un groupe de 5 personnes. Ce procédé dans lequel le crédit est renouvelé pour un des autres membres du groupe dès que le crédit précédemment accordé a été remboursé, est un solide moyen pour inciter les emprunteurs au bon remboursement des prêts. L’emprunteur reste le seul responsable du remboursement du crédit, mais les 4 autres membres du groupe sont là pour le responsabiliser et l’inciter à respecter les échéances du prêt puisqu’en cas de défaut de paiement, elles ne pourront à leur tour bénéficier d’un microcrédit. Ce système permet une sélection des emprunteurs par les membres de la communauté qui les connaissent et sont capables de juger de leur fiabilité. Le projet est également pris en compte et jaugé par l’organisme dans sa décision ultime d’accorder le crédit. Dans le cas où l’IMF juge la probabilité de défaut supérieure à celle acceptable, il peut décider de prêter un montant inférieur à celui initialement sollicité par l’emprunteur. </p>
<h2>Qui finance les microcrédits ?</h2>
<p>	L’essor du microcrédit s’est accompagné d’un besoin croissant de capital : la demande de financement est en constante augmentation, les 100 plus grands instituts de micro-finance accroissent leur base de clients de 26% chaque année. En réalité, peu d’instituts de micro-finance sont auto suffisants. La raison en est que malgré des taux d’intérêts élevés, ils s’appliquent sur des montants tellement faibles qu’ils parviennent difficilement à couvrir les frais de fonctionnement. Aujourd’hui, les 17 milliards de dollars investis en micro-finance ne correspondraient qu’à 1/15ème des besoins en financement. Afin de répondre aux besoins, les instituts de micro-finance s’efforcent d’attirer les investisseurs étrangers et le capital privé. Outre les dons et les subventions et l’appui des gouvernements qui peuvent en plus de leur soutien financier apporter un soutien législatif, il existe différents outils de financement des IMF : prises de participation au capital des IMF qui ont un statut de société ; prêts commerciaux aux IMF et garanties facilitant ces prêts ; outils de gestion du risque de change, émissions obligataires et opérations de titrisation, entrée en bourse … Actuellement, les sources de financement des établissements de microcrédit proviennent en grande partie des ressources locales. En 2006, sur 17 milliards de dollars de capital investis dans les IMF, 75% des fonds proviennent de l’épargne ou des emprunts locaux. Le reste est représenté par les investissements étrangers, répartis entre les prêts (70% des investissements étrangers),  les appuis en fonds propres (20%), les garanties (10%). </p>
<p>Depuis quelques années, les flux de capitaux privés augmentent : 61 des 74 supports d’investissement pour la micro-finance sont des fonds d’investissements privés qui jouent un rôle d’intermédiaires entre les investisseurs étrangers et les instituts de micro-finance. Ils détiennent chacun moins de 1 million de dollars. Les 10 premiers supports d’investissement pour la micro-finance détiennent 65% de tous les investissements. Environ 47% des financements des MIV provient d’investisseurs socialement responsables, 36% des instituts financiers internationales ou IFI, et 17% d’investisseurs courants. </p>
<p>Le financement des IMF se heurtent à plusieurs difficultés. On constate que l’essentiel des investissements étrangers est concentré vers quelques grands instituts de micro-finance. Une partie des financements provient des Institutions financières internationales (Fonds monétaire internationale, Banque mondiale, Banque européenne pour la reconstruction et le développement…). Mais leur rôle est de plus en plus critiqué puisqu’elles sont accusées de n’apporter leur soutien financier qu’aux plus grosses IMF où les risques encourus sont les plus faibles. Ce faisant, elles évincent les investisseurs privés de la micro-finance car ceux-ci ne peuvent offrir des conditions de prêts aussi profitables que les IFI et sont contraints de se rabattre sur les établissements les plus risqués. Par conséquent, ce ne sont pas forcément les IMF qui ont le plus besoin des sources de financements qui en obtiennent le plus facilement. Les IFI qui devraient plutôt encourager les investissements du secteur privé exercent donc un rôle inverse. </p>
<p>Afin d’augmenter leur capital, certaines IMF peuvent décider de s’introduire en bourse et lever des fonds sur le marché, comme ce fut le cas de Compartamos en 2007. Les Instituts de micro-finance peuvent également se financer auprès de leurs emprunteurs comme le procède la Grameen Bank qui ne dépend plus des dons depuis 1995. Les emprunteurs contribuent pour les 2/3 des prêts accordés par la banque, le 1/3 restant est fourni par de l’épargne. Dans ce cas très précis, le rôle des emprunteurs est essentiel : ils détiennent à 94% la banque, les 6% restant le sont par le gouvernement bangladeshi. Et puis, dans un souci d’affirmer leur responsabilité sociale, les grandes banques commencent elles aussi à prendre part dans le secteur de la micro finance et à accorder des prêts commerciaux aux instituts financiers.<br />
Ce qu’il faut bien garder à l’esprit, c’est que le microcrédit n’est pas un instrument de charité : les IMF ont vocation a réalisé des profits. Si peu d’IMF y parviennent, des questions éthiques surviennent dès lors que l’un d’eux commence à engranger des profits. Le niveau élevé des taux d’intérêts pratiqués est parfois remis en cause. L’objectif social n’est-il pas en contradiction avec la nécessité d’atteindre la rentabilité économique ? Car pour être rentable, les taux d’intérêt doivent être au-delà de la couverture de coûts. Mais ensuite, les bénéfices pourraient revenir au client via une baisse des taux d’intérêt. Les pratiques managériales courantes dans les entreprises classiques peuvent également susciter la suspicion dès lors qu’elles sont appliquées aux IMF.  Les IMF qui procèdent à une introduction en bourse sont vivement critiquées : la crainte étant de voir l’IMF rendre des comptes à ses actionnaires et perdre une partie de son pouvoir décisionnel, sauf dans le cas où ceux-ci sont nombreux et éparses afin de diluer leur pouvoir. Pourtant lorsque les fonds publics sont insuffisants, il peut être nécessaire de drainer l’épargne pour assurer la croissance. Des actions attractives permettent d’attirer plus d’investisseurs. Pour Compartamos, la mise en vente de 30% du capital existant sur le New York Stock Exchange (80%) et le Mexico Stock Exchange le 20 Avril 2007 a permis en une journée, de faire gagner à ces actions plus de 20% et la demande excédait 13 fois l’offre des titres mis en vente. Le montant de la transaction a atteint 450 millions de dollars US, soit 12 fois la valeur de mise en vente.  </p>
<h2>Développement de par le monde</h2>
<p>En 2008 la micro-finance représente un portefeuille de prêts de 39.3 milliards de dollars, 22.6 milliards de dépôts, 76.3 millions d’emprunteurs, un montant moyen du prêt de 582.9 dollars. Le modèle du microcrédit a été développé par 34 pays. La micro-finance étend sa couverture géographique et se modernise, les initiatives se multiplient de par le monde et tente de développer un modèle qui marche selon leur propre conception du microcrédit. Les instituts de Micro-finance recourent aux nouvelles technologies de l’information et de la communication pour être plus proches de leurs clients (carte de crédit, guichet de retrait, services bancaires par téléphone portable…) et leur permettre d’effectuer leurs opérations hors des agences bancaires. Ces nouvelles technologies leur permettent également d’accéder aux plus démunis ainsi qu’aux familles vivant dans les zones rurales. C’est notamment une des initiatives de CGAP ou Consultative Group to Assist the Poor ; il s’agit d’un consortium de 33 agences de développement qui travaillent ensemble pour étendre les services de micro-finance dans les pays pauvres. Des programmes de formations peuvent également favoriser la capacité du client à rembourser son emprunt. Subventions, services d’épargne et de formation, assurent un meilleur suivi du client qui est ainsi mieux armé pour respecter l’échéancier du remboursement.</p>
<h2>Les grands instituts financiers s’y mettent</h2>
<p>A leur tour, les grandes banques classiques commencent à s’intéresser au marché des pauvres et développent des activités de microcrédit. Les banques internationales telles Axa, CA, BNP, ING, BBVA, Morgan Stanley ont toutes aujourd’hui pris position dans ce secteur. Elles disposent de largement plus de moyens et de services que les instituts de micro-finance. Mais leur intervention dans le secteur du microcrédit n’est pas sans poser quelques difficultés. Les établissements bancaires classiques n’ont pas vocation à faire de la micro-finance, surtout dans les pays en voie de développement où le montant des prêts est trop faible pour leur permettre de réaliser les niveaux de bénéfices auxquels ils sont habitués. Afin d’accroitre les profits, ils peuvent être tentés d’augmenter les montants des prêts, allant ainsi à l’encontre de la logique du microcrédit. De plus, la rentabilité n’est atteinte qu’au terme de délais très longs, probablement bien supérieurs à ceux exigés par le secteur. Les avis demeurent cependant partagés sur la question.<br />
	Plusieurs arguments interviennent en faveur  de l’intervention des banques dans le microcrédit : elles disposent des infrastructures et du personnel compétent dans le domaine financier, d’une large base de dépôts, d’un vaste réseau de distribution grâce à un large réseau d’agences et les technologies nécessaires pour renforcer la pénétration au sein des populations défavorisées. De plus elles véhiculent avec leur enseigne une certaine image de confiance.<br />
	Mais il reste quelques arguments qui s’opposent à l’intervention des grandes banques : les banques manquent d’expérience dans un domaine où les objectifs sont éloignés de leurs prétentions habituelles. Elles manquent de connaissance du marché qu’elles assimilent souvent au crédit à la consommation où l’approche du client est différente. De plus la banque a tendance à réduire ses coûts de main d’œuvre, or la relation client est un élément essentiel de la micro-finance. Enfin le personnel n’est pas formé et n’a pas l’habitude des milieux pauvres dans lesquels s’opère le microcrédit.</p>
<blockquote><h2>Différents modes d’intervention ont déjà été expérimentés</h2>
<ul>
<li>
<h3>En créant une unité au sein de la banque spécifiquement dédiée aux activités de micro-finance</h3>
<p> ou bien en créant un produit de microcrédit. C’est la stratégie la moins coûteuse, mais qui a peu de chance de réussir même si on peut noter quelques succès en Indonésie avec la BRI et au Brésil avec la Banco Nordeste. Les difficultés surviennent sur le plan des ressources humaines lorsque la banque rechigne à allouer le personnel supplémentaire nécessaire afin de favoriser les interventions directes avec le client, c’est le cas à la BRI où le personnel de l’unité de micro-finance Unit Desa System est insuffisant par rapport aux besoins. Parfois comme ce fut le cas au Zimbabwe, avec la Kingdom Bank, le personnel souhaite renforcer son identité propre et entre en conflit ouvert avec les autres membres du personnel de la banque. Il est vrai que les frais généraux sont mutualisés et que le système permet de profiter des synergies offertes entre la banque classique et l’unité de micro-finance. Malheureusement les décisions stratégiques sont prises à un niveau de la banque où le manque d’expérience et le désintéressement pour la micro-finance ne contribuent pas à développer ces activités ou conduisent à des prises de décisions inappropriées et déconnectées des réalités ou simplement à un refus d’allouer plus de ressources.</li>
<li>
<h3>La création d’une filiale :</h3>
<p> Les banques peuvent également créer des filiales destinées à la micro-finance, à l’image Financiera Solucion au Pérou, une filiale de Banco de Credito. Ces filiales peuvent prendre la forme de « joint ventures » avec d’autres investisseurs. La filiale bénéficie d’une certaine autonomie qui lui permet de pallier aux problèmes rencontrés dans le cas précédent. Mais les fonctions sont dédoublées ce qui crée des coûts supplémentaires : RH, comptabilité… Sauf dans le cas où les actionnaires apportent leurs savoir-faire.</li>
<li>
<h3>Alliance stratégique :</h3>
<p> Les banques peuvent également décider de s’allier avec un institut de micro-finance déjà existant. L’implication de la banque reste limitée ainsi que les risques encourus et son image. La banque peut organiser son alliance en accordant des prêts aux IMF. En réalité, ce système est assez rare et les succès peu fréquents car cette forme ne permet pas à l’institut de micro-finance de bénéficier des infrastructures, de l’image de la banque et est plus complexe à gérer qu’un institut autonome. En cas de désaccord, la responsabilité est souvent reportée sur l’institut de micro-finance et les risques sont essentiellement supportés par l’IMF.</li>
<li>
<h3>La société de services en micro-finance :</h3>
<p> le rôle de cette société est de gérer la partie octroi et suivi de crédit pour le compte d’une banque. Elle bénéficie des infrastructures de la banque ainsi que d’une partie du personnel afin de profiter des synergies qui peuvent exister dès lors qu’elle doit faire appel à des services qui ne sont pas trop spécialisés. Il semble que le modèle soit un succès puisque c’est celui qui a été adopté par les principaux organismes de microcrédit en France qui se sont associés avec de grandes banques : Adie (Association pour le droit à l’initiative économique), France Initiative, France Active ou encore Planet Finance. Cette forme d’association démultiplie les moyens des organismes de microcrédit.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2>En France</h2>
<p>	Le concept du microcrédit ne s’est pas cantonné aux pays pauvres mais est également apparu dans des pays développés. En France, le microcrédit s’est développé selon deux modèles grâce à deux institutions : France Initiative et l’Adie. France Initiative finance des projets plus importants avec des prêts à taux zéro de 7800 euros en moyenne. L’argent provient essentiellement des fonds publics, notamment des conseils généraux. Le retour sur investissement de ce microcrédit public relève d’une vision différente de l’entrepreneur : il est normal d’aider celui-ci avec de l’argent public car il contribue à la création d’activité dans le pays et donc enrichit indirectement la collectivité.</p>
<p>L’Adie prête pour de microprojets (prêts de 2800 euros en moyenne) et pratique des taux d’intérêts élevés qui lui permettent d’atteindre un certain équilibre dans ses comptes. Dans ce cas de figure, l’entrepreneur est réellement perçu comme un acteur du marché qui doit faire ses preuves pour s’imposer face à la concurrence. Cet institut fonctionne comme une société de services en micro-finance. Grâce à la loi NRE du 15 mai 2001, l’association peut emprunter auprès des établissements financiers l’argent qu’elle prête aux particuliers. L’Adie se porte ainsi garante de prêts fournis par des instituts bancaires classiques avec qui elle signe des accords. Les banques fournissent des lignes de crédit avec un taux d’intérêt de 10% environ ce qui est bien supérieurs aux taux pratiqués par ailleurs. Cela est possible grâce au déplafonnement du taux de l’usure. L’Adie bénéficie elle-même de contre garanties accordées à l’IDES ou Institut de Développement de l’Economie Sociale, organisme public et le FEI : Fonds Européen d’Investissement. Là où la Grameen ne demande pas de caution solidaire, l’Adie exige un engagement de l’entourage de l’entrepreneur à hauteur de 50% du prêt. L’Adie a été reconnue association d’utilité publique et peut donc recevoir des legs. Pour autant, l’Adie est également très dépendante des fonds publics qu’elle touche au travers de la Caisse des Dépôts et Consignations, des banques coopératives et des pouvoirs publics. L’association bénéficie également de financements pour son personnel embauché sous contrats aidés et en emplois-jeunes. On estime que, pour 1 euro prêté, l’association reçoit 1 euro de subvention. </p>
<h2>Un moyen efficace de lutte contre la pauvreté ?</h2>
<p>	Il reste à évaluer l’impact réel du microcrédit sur la réduction de la pauvreté. Les adversaires du microcrédit défendront que le microcrédit incite à l’emprunt, qu’il n’est pas le premier produit financier demandé par les pauvres, que ceux-ci cherchent avant tout à accéder à un emploi salarié stable sécurisé, qu’aucun pays n’est jamais sorti de la pauvreté par le microcrédit, qu’il ne faut pas que les gouvernements donnent prétexte de la micro-finance pour réduire leur aide par ailleurs. Par ailleurs, d’après une étude du CGAP seuls 1% des institutions de microcrédit sont à l’équilibre. De plus les taux d’emprunt sont très élevés et la justification de tels taux parfois obscurs.</p>
<p>Il serait illusoire de penser que la micro-finance suffirait à sortir un Etat de la pauvreté. En Inde par exemple, ce sont près de 24 millions de femmes qui bénéficient des programmes de micro-finance. Mais avec un prêt moyen de 2000 roupies (soit environ 40 euros), il est fort peu probable que le microcrédit soit susceptible d’impacter significativement la richesse du pays. D’après Alex Counts, directeur de la fondation Grameen, seulement un dixième des 7 millions de clients de la banque sont de véritables entrepreneurs qui ont commencé en empruntant 100 dollars et empruntent maintenant de 10 000 à 20 000 dollars. Certes la plupart arrive à joindre les deux bouts mais il s’agit davantage de survivre que de développer une véritable entreprise. Le principe du microcrédit reste surtout la finance des petites activités, de multiples petites échoppes qui offrent peu de perspectives et qui permettent à peine de faire vivre leur propriétaire et dans la plupart des cas ne génèrent pas d’emploi. Il est vrai que les emprunteurs préféreraient une situation stable, un travail salarié qui leur garantirait une sécurité des revenus sur le long terme. Cette sécurité permet des investissements à long terme, dans la scolarisation notamment. Deux études menées aux Philippines sur la First Macro Bank et en Inde sur la Spandana révèlent que le microcrédit n’entraine pas de profonds changement dans les modes de vie de ces familles il ne semble en effet pas y avoir d’impact significatif sur la santé, la scolarisation, l’émancipation des femmes. Mais les emprunteurs acquièrent des biens durables (électroménager…) ou des biens productifs (machine à coudre, bicyclette…) et crée des activités indépendantes. Le microcrédit semble répondre aux objectifs d’un produit financier ; c&#8217;est-à-dire le moyen de lever des fonds pour financer une activité, sans provoquer de frénésie de consommation en partie parce que les emprunteurs sont avant tout responsabilisés sur la nécessité de rembourser leur emprunt.</p>
<p>Il ne faut pas perdre de vue que la réduction de la pauvreté implique l’engagement de moyens bien plus conséquents. Le développement d’un pays implique des investissements massifs dans ses infrastructures, son éducation, sa santé, son agriculture et un renforcement des institutions démocratiques. </p>
<p>	Que conclure sur le succès du microcrédit ? Bien qu’il faille reconnaitre que le microcrédit n’a pas les moyens de sortir un Etat de la pauvreté, il faut également souligner ses effets à une échelle microéconomique. Le microcrédit est amené à évoluer encore et doit explorer les possibilités qui lui sont offertes afin de renforcer son efficacité. Il est nécessaire d’améliorer les offres, notamment et de comprendre au travers d’études pourquoi certaines pratiques peuvent nuire à la prise de risque et aux initiatives de plus d’envergure. Comme en témoigne une étude aux Philippines, le prêt solidaire où l’emprunteur est obligé de s’associer dans un groupe, découragerait finalement la prise de risque et ne serait pas forcément un gage de garantie que l’emprunt sera remboursé. D’autre part en exigeant un remboursement hebdomadaire, on n’encouragerait pas non plus la prise de risque. En retardant l’échéancier des initiatives plus hardies sont favorisées. Ainsi, le microcrédit, par ses règles actuelles, serait plus adapté à financer de petites activités familiales que de véritables entreprises susceptibles de créer des emplois. Aujourd’hui  certaines institutions de microcrédit (dont la Grameen Bank,) ont discrètement abandonné le prêt solidaire. Elles continuent à demander à leurs clientes de se rencontrer chaque semaine, ces réunions créant des liens sociaux forts, facilitant l&#8217;entraide en cas de crise. Mais elles ne sanctionnent plus une cliente lorsqu&#8217;un membre du groupe ne rembourse pas. Si le microcrédit des dernières décennies était plutôt une sorte de une bouée de sauvetage qui a permis à une part croissante de la population de garder la tête hors de l’eau, le microcrédit de demain se modernise mais est encore en phase d’apprentissage: des organismes comme Accion aident les institutions de micro-finance à proposer à leurs meilleurs clients des produits individuels, adaptés au financement d&#8217;entreprises un peu plus importantes. D&#8217;autres groupes proposent des formations en comptabilité ou en gestion à leurs clients afin d’améliorer la qualité des entreprises. </p>
<p>La lutte contre la pauvreté doit s’effectuer à plusieurs niveaux : au niveau macroéconomique par des initiatives gouvernementales et plus localement à un niveau microéconomique. Il faut bien appréhender le microcrédit à l’échelle où il opère. A condition qu’il parvienne à s’adapter, le microcrédit a une place  prépondérante parmi les outils de la lutte contre la pauvreté et, devant le marché de l’ordre du milliard d’individus qui s’offre à lui, il a le potentiel de considérablement renforcer sa présence dans le paysage économique.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/xfp/3266272718/">(source de l&#8217;illustration)</a></p>
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		<title>Un virus sur le site, et un voyage en Chine</title>
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		<pubDate>Wed, 19 May 2010 22:06:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bulles de Savants</dc:creator>
				<category><![CDATA[Infos du site]]></category>

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		<description><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/journal-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Infos du site" /><br/>Entre une attaque par un hacker et un voyage découverte et travail en Chine, l'actualité met du plomb dans l'aile pour notre laboratoire. Nous promettons un retour en force dès septembre !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/journal-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Infos du site" /><br/><p>Bonjour à vous, lecteurs de Bulles de Savants. Cet éditorial vous annonce deux événements commençant par V. Un bon et un mauvais, tout d&#8217;abord le bon :</p>
<ul>
<li>
<h2>V comme voyage : Nous nous rendons en Chine pour trois mois</h2>
<p> Pao et Neptune prennent finalement le chemin de l&#8217;Empire du Milieu pour le (re)découvrir de l&#8217;intérieur. Pour Neptune, c&#8217;est une grande première, tandis que pour Pao, c&#8217;est déjà terres connues. Il nous sera cependant impossible de mettre en ligne facilement nos bulles pendant notre voyage, puisque la <a href="http://www.bulles-de-savants.com/econopolis/natiobulles/censurer-internet-un-combat-perdu-davance">censure massive d&#8217;Internet</a> empêche les Chinois (et les étrangers résidant en Chine) d&#8217;accéder à B2S&#8230; Probablement vous n&#8217;aurez plus de bulles pendant un certain temps, mais nous reviendrons !</li>
<li>
<h2>V comme virus : Bulles de Savants a été l&#8217;attaque d&#8217;un hacker</h2>
<p> c&#8217;est déplorable mais c&#8217;est ainsi ! Il nous a été possible de le supprimer, cependant cela peut suffire à ce que Google ou d&#8217;autres services nous envoient moins de visiteurs&#8230; Il est possible que d&#8217;autres attaques de hackers destabilisent le site en notre absence. Veuillez nous en excuser par avance. C&#8217;est le problème lorsqu&#8217;on opte pour des solutions de site clé en main type WordPress.</li>
</ul>
<p>Merci à vous tous et nous vous rapporterons plein de bulles de Chine !</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/groovelock/3494926863/">(source de l&#8217;image)</a></p>
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		<title>Histoire du naufrage de la taxe carbone</title>
		<link>http://www.bulles-de-savants.com/bullosphere/bulle-de-courant/taxe-carbone</link>
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		<pubDate>Thu, 22 Apr 2010 14:36:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Professeur Neptune</dc:creator>
				<category><![CDATA[Energie]]></category>

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		<description><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/eolienne-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Energie" /><br/>La taxe Carbone devait être l'outil fiscal lançant la Révolution Verte en France. Elle s'est vue dénaturée puis abandonnée par la classe politique. Retour en arrière historique, et présentation des atouts d'une taxe Carbone bien faite.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/eolienne-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Energie" /><br/><p>Diviser nos émissions de CO2 par 4, limiter le réchauffement climatique à 2°, ces objectifs souvent cités dans la presse prônent une consommation parcimonieuse des hydrocarbures. La sobriété énergétique impose de créer des mécanismes nouveaux afin d’encourager les comportements vertueux et stimuler l’innovation. Par la signature du protocole de Kyoto, les décideurs politiques ont reconnu les risques liés au réchauffement climatique et fixés des objectifs en matière de réduction d’émissions de gaz à effets de serre. Ils ont ainsi déployé tout un arsenal de mesures contraignantes assorti d’un système de subventions. La prochaine étape vise à impliquer personnellement le citoyen dans cette lutte écologique. Il s’agit de lui offrir de la visibilité sur le coût réel de la pollution qu’il émet quotidiennement : soit directement au travers de ses rejets de CO2 lorsqu’il consomme des hydrocarbures, soit indirectement dans l’achat de produits qui ont nécessité de l’énergie carboné dans leur production et leur transport.</p>
<h2>Origines de la taxe Carbone</h2>
<p>Au début, le concept de la taxe Carbone dérivait de la « taxe Cambridge ». Le principe de cette taxe aux frontières était de taxer les émissions de carbone des produits importés. Mais dans un contexte de libéralisation des échanges et de libre concurrence, la taxe Cambridge fut assimilée à une mesure protectionniste difficilement défendable.</p>
<p>Puis l’idée prit une autre tournure : le concept plus évocateur de « taxe carbone »  vint se substituer à la « taxe Cambridge  ».  Le principe de ce nouvel outil était d’augmenter artificiellement le prix du carbone afin de freiner la consommation des hydrocarbures.</p>
<p>Pendant longtemps, les prix des hydrocarbures se sont basés sur les coûts d’extraction, de transport et de transaction, conséquence d’un marché concurrentiel. Ce n’est qu’en 1920, que l’économiste<strong> Arthur Pigou </strong>décide d’incorporer dans le calcul les <strong>externalités négatives</strong>, c’est-à-dire le coût des dommages engendrés par la pollution émise. Des taxes dites pigouviennes à l’image en France de la <strong>Taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers ou TIPP</strong> furent crées pour financer les programmes de luttes contre la pollution de l’air, la dégradation du bitume, ou les nuisances sonores.</p>
<h2>Les effets de la taxe dans le détail</h2>
<p>Les travaux d’organismes de recherches comme le CNRS ou le CIRED ont conduit à la mise au point d’une taxe carbone basée sur le principe de la substitution. En effet, puisque l’Etat augmente ses recettes par l’instauration d’une taxe carbone, il peut relâcher la pression fiscale par ailleurs en abaissant ou supprimant d’autres taxes et impôts, afin d’équilibrer ses comptes sans pénaliser le citoyen ni l’industrie. Dans le cas hypothétique où la vignette automobile existait encore, il s’agirait de la remplacer par la taxe carbone : la substitution d’une taxe fixe par une taxe variable fonction de la consommation inciterait à une forme de sobriété. Au final ce sont ceux qui polluent le plus qui seraient le plus affectés tandis que les consommateurs les plus modérés verraient plutôt un gain pour leur portefeuille.</p>
<p>Du côté des entreprises, c’est l’abaissement de charges sociales qui est le plus souvent évoqué pour compenser les effets de la taxe carbone : <strong>en allégeant la fiscalité sur le travail, on favorise les embauches, et en alourdissant la fiscalité sur les énergies polluantes, on pousse aux investissements vers une réduction de leur bilan carbone</strong>. En bref, on impulse une nouvelle dynamique économique, la très attendue « Révolution verte ». Cette substitution fiscale présente, en outre l’avantage de <strong>rendre l’emploi dans l’industrie moins sensible aux crises. Les industries verront le montant de leurs taxes diminuer avec leur production. </strong>Elles pourront ainsi conserver plus facilement qu’aujourd’hui une masse salariale moins taxée<strong>.</strong></p>
<p>Un troisième avantage mis en avant par les défenseurs de la taxe carbone est sa contribution à la diversité énergétique, et donc à <strong>l’indépendance énergétique des pays consommateurs face aux pays producteurs</strong>. De grosses puissances mondiales disposent de leurs propres ressources énergétiques : la Russie a du gaz naturel et du charbon en quantité, les Emirats ont encore de larges réserves de pétrole, et la Chine et les Etats-Unis possèdent eux aussi respectivement 100 et 200 ans de consommation énergétique mondiale en réserve  de charbon dans leurs sols. Nombreux sont les pays, notamment au sein de l’Union Européenne, qui ont tout intérêt à encourager le développement de nouvelles énergies afin de ne pas se retrouver dépendants d’autres nations.</p>
<p>Les nouvelles énergies qui sont déjà intégrées à notre mix énergétique coûtent largement plus chers que les hydrocarbures. Convertie en énergie, l’essence traditionnelle revient à 10 cts le kWh, à titre de comparaison un KWh de solaire revient à 60 ou 70 cts. On comprend alors que les énergies renouvelables ne se développeront que si l’on assiste à une augmentation significative des prix des matières premières dans les années à venir. La finalité de cette annonce n’est pas d’augmenter les recettes de l’Etat ou de diminuer le pouvoir d’achat du consommateur, mais de pousser à une consommation responsable, qui privilégie des solutions alternatives non polluantes. En créant cette taxe, l’Etat génère un besoin fort de la part des entreprises et des particuliers pour se tourner vers des technologies moins gourmandes en carbone, il crée donc les conditions favorables à l’émergence du marché des Green Techs.</p>
<p>Les rapports français de Marcel Boiteux, Alain Quinet et Michel Rocard ont tous défendu l’idée d’une taxe progressive, claire sur ses objectifs et fiable sur le long terme. Le dernier en date, le rapport Rocard, rebaptisant très ponctuellement la taxe Carbone « Contribution Climat-Energie », préconisa de commencer en 2010 avec une taxe carbone à 35€ la tonne, et de se fixer un objectif de 100€ la tonne en 2030. La recherche dans le domaine des énergies renouvelables sera d’autant plus stimulée que l’annonce d’augmenter le prix de l’énergie fossile est crédible. Elle constituerait une garantie suffisante pour les entreprises de bénéficier d’un large marché ce qui justifierait des investissements massifs.</p>
<h2>Une application politique chaotique</h2>
<p>Jean-Louis Borloo et Michel Rocard avaient hérité du Grenelle Environnement la tâche de déterminer les modalités d’applications de ce futur outil fiscal si prometteur. Des scientifiques et des économistes furent largement consultés. Puis un livre blanc parut. Suite à cela, les commentaires des professionnels du secteur de l’énergie et des industriels furent analysés. Enfin, une grande conférence fut organisée en juillet 2009. Les experts mandatés sur ce dossier s’exprimaient avec enthousiasme ; le ministre de l’Environnement annonça que la taxe carbone serait mise en place dans la loi de budget dès 2010.</p>
<p>Il restait pourtant à ce stade de nombreuses inconnues à lever :</p>
<ul>
<li>Comment faire pour que la taxe ne pèse pas sur les ménages ?</li>
<li>Faut-il taxer les industriels déjà contraints par le mécanisme de quotas d’émissions de CO2 du protocole de Kyoto ?</li>
<li>Faut-il homogénéiser l’ensemble du système fiscal : taxe carbone et  taxes existantes (comme la TIPP), pour que les énergies soient taxées uniquement selon leurs émissions de carbone ou bien ajouter simplement la nouvelle taxe en cumul de celles déjà en place ?</li>
<li>Et bien sûr, la question la plus importante : faut-il taxer l’électricité ? L’électricité n’est qu’une énergie secondaire, c’est-à-dire qu’elle doit être produite par une autre énergie avant d’être consommée. En France, 10% de l’électricité est produite par des hydrocarbures (centrales à fioul, gaz, charbon).</li>
</ul>
<p>Cette dernière question a particulièrement fait débat car, en France, l’électricité est réputée être bon marché. Le faible prix relatif du courant électrique s’explique par un parc nucléaire amorti quoique vieillissant et par des politiques de maintien des prix à des niveau bas afin de s’assurer du soutien de l’opinion publique sur les questions de la production nucléaire. Pour autant, une taxe carbone qui ne serait que sur le chauffage au gaz et au fioul pose quelques problèmes : si tous les Français se chauffant aux hydrocarbures optaient pour le chauffage électrique, la production électrique serait augmentée d’au moins 172TWh (donnée DGEMP 2003) soit 35% de plus que notre consommation actuelle estimée à 482TWh (RTE 2005). Il serait alors nécessaire de clarifier cette politique en accompagnant la taxe carbone d’un plan d’investissement dans les productions d’électricité d’origine renouvelable, par exemple les énergies décentralisées (essentiellement des panneaux solaires).</p>
<p>Pendant les mois d’août à octobre, les réponses à ces questions furent progressivement communiquées :</p>
<ul>
<li>La redistribution aux ménages s’effectuerait par un chèque vert, dont le montant serait variable suivant la zone d’habitation (campagne ou ville)</li>
<li>Les industriels soumis aux quotas européens de CO2 seraient exonérés de taxe carbone</li>
<li>Pour que la facture soit encore plus progressive pour les routiers, le gouvernement leur a proposé la suppression de la TIPP sur 4 ans. A terme, la TIPP, taxe fixe, aurait ainsi été remplacée par la taxe carbone, taxe conçue pour être augmentée. Dans le même temps, les pêcheurs seraient exonérés de taxe carbone</li>
<li>L’électricité en France étant d’origine nucléaire (pour les trois quarts, mais ce détail n’a pas tant retenu l’attention du gouvernement), elle ne serait pas taxée</li>
</ul>
<p>C’est ainsi que la « Contribution Climat Energie » ou CCE fut mise sur les rails de la loi de budget 2010.</p>
<h2>Des critiques en cascade</h2>
<p>Lorsque la CCE sort du débat d’experts et s’ouvre aux médias, en juillet 2009, les journaux parlent de « taxe carbone » et l’opinion ne réagit pas comme prévu. Pas d’exaltation pour une fiscalité verte, pas de soutien citoyen au principe de responsabilisation « pollueur payeur ». Pourquoi donc ?</p>
<p>Si l’on regarde du côté des contribuables</p>
<ul>
<li><strong>Il y a toujours quelqu’un qui pollue plus que soi</strong>, donc chacun est tenté de dire « lui d’abord, moi je consomme peu en comparaison ». Derrière cet argument, il y a la crainte que les grands pollueurs ne passent pas à la caisse, et que ce soit la classe moyenne qui demeure la seule à supporter la taxe. Les principales entreprises étant exonérées, et les ménages aisés ne  constatant pas vraiment de changement dans leur pouvoir d’achat (étant donné son caractère négligeable dans leur budget), cette critique n’était pas sans fondement.</li>
<li><strong>La rétribution demandait plus de profondeur pour être égalitaire</strong> : elle touchait de manière lourde les consommateurs spécifiques de fioul ou de gaz naturel pour le chauffage. Ainsi, le fait que l’électricité ne soit pas taxée, et que le gaz augmentait de 15% (pour une taxe à 34€ la tonne) créait une distorsion de concurrence en faveur du chauffage électrique. Or, tant que le renouvelable constitue une part faible de notre mix énergétique, le caractère écologique d’une substitution du chauffage par hydrocarbure au chauffage électrique reste à démontrer. Par ailleurs, une mesure plus simple, de type baisse des impôts locaux en fonction de la disponibilité des transports en commun, aurait pu être plus adaptée plutôt que le « chèque vert » dont l’appellation fut aussi floue que douteuse (à quoi allait-il être utilisable ? Sous quelles conditions ?).</li>
<li><strong>Le concept même de la « taxe » signifie pour le contribuable une réduction de son pouvoir d’achat</strong>. Les promesses de compensation sont soumises à caution étant donné le manque de confiance des Français dans leur classe politique. Ainsi, cette mesure écologique a été vue comme une manière de renflouer les caisses de l’Etat, façon « greenwashing ».</li>
</ul>
<p>Et du côté des entreprises :</p>
<ul>
<li>La taxe carbone est une mesure macroscopique. <strong>En poussant à la mutation rapide des entreprises, on se heurte à des différences d’adaptabilité au niveau microscopique</strong> : certaines entreprises sont trop rigides, n’ont pas les fonds ou ne disposent pas de la technologie, pour effectuer cette révolution. Elles seraient donc appelées à disparaître aux horizons de 2030 au profit d’entreprises plus adaptées au monde du développement durable. Si à l’échelle du pays, on pollue moins, il y aurait probablement eu un profond bouleversement entrainant la faillite de nombreuses d’entreprises, et la création d’autant de nouvelles plus adaptées à un monde sobre en carbone. Certains produits auraient été plus chers, et d’autres moins. Fondamentalement, les modes de consommation auraient été, à terme, largement différents de ceux d’aujourd’hui.</li>
<li>Les journaux ont rabâché les critiques du MEDEF sur la perte de compétitivité des entreprises. On estime que les entreprises françaises, soumises à une taxe sur la production qui n’existe pas ailleurs dans le monde (en tout cas en Chine et aux Etats-Unis), auraient été discriminées sur le marché international. C’est un argument très simpliste. En effet, le président Sarkozy a supprimé la taxe professionnelle… en compensation de la taxe carbone ? Il n’en a jamais été question. Pourtant, il s’agit d’un cadeau de 28 milliards d’euros aux entreprises françaises pour « garder des usines en France ». Or, dans le même temps, l’application de la taxe carbone à 34€ la tonne coûterait 4,4 milliards d’euros par an aux entreprises soumises aux quotas de CO2. D’un autre côté, l’Etat a annoncé la création de nouvelles contributions locales fixes et non basées sur les investissements pour compenser 20 milliards sur les 28 manquants. La fiscalité sur le carbone, on l’a vu, dépend directement de la production : cet outil était donc plus flexible que des taxes de types foncières. Donc oui, le gouvernement ne devait pas oublier que <strong>la taxe carbone, pour être efficace, devait être une substitution fiscale, et non simplement une taxe supplémentaire</strong>.</li>
</ul>
<p>En plus de ces problèmes, il y a eu une cacophonie d’annonces : entre ce que déclaraient Jean-Louis Borloo (annonçant un chèque vert et une application pour 2010), Michel Rocard (annonçant une électricité taxée), Christine Lagarde et François Fillon (annonçant une taxe à 14€), Eric Woerth (annonçant la taxe pour 2011), et finalement Nicolas Sarkozy (tranchant en déclarant 17€ la tonne pour 2010). Cela ressemble fort à une stratégie politique de sondage de l’opinion publique : on teste plusieurs annonces successives avant que le président ne tranche en faveur de celle qui est la plus populaire. Cette tactique a causé beaucoup de tort au projet de loi en faisant monter successivement l’ensemble des catégories professionnelles aux créneaux. Ainsi, alors que Michel Rocard avait déjà opté pour le prix le plus bas ayant un impact significatif – 34€ la tonne pour commencer – Nicolas Sarkozy a du vendre une taxe à moitié prix, afin de calmer les violentes réactions. Pourtant, dans les premiers temps le prix de 34€ n’aurait pas représenté une surcharge réellement significative dans le budget des ménages car elle s’assortissait d’une compensation large pour les familles à faibles revenus.</p>
<h2>La mort de la taxe</h2>
<p>Trop peu ambitieuse pour les écologistes, socialement inégale pour la Gauche, dégradant la compétitivité des entreprises pour la Droite, la taxe Carbone qui avait été conçue initialement pour obtenir l’adhésion de l’ensemble des partis politiques ne plaît finalement à personne. En raison d’un manque d’explications et de la dénaturation de la taxe par la classe politique, l’outil développé par des spécialistes échoue dans le subtil exercice de l’application dans la loi française. Dans les années 1970, des ingénieurs et politiques avait réussi à imposer le développement du nucléaire, cependant ce même système n’a pas été capable de convaincre les citoyens en 2009.</p>
<p>La taxe fut attaquée en deux temps. Tout d’abord, le Conseil Constitutionnel siffla la suspension de la taxe. La loi fut accusée d’être inconstitutionnelle car elle ne correspondait pas à un principe d’égalité au vu des multiples exonérations qu’elle contenait. Le total des émissions non soumises à la taxe dépassaient la moitié des émissions nationales, ce qui était trop pour le Conseil Constitutionnel. Les partisans de la taxe Carbone ne nièrent pas l’argument, mais critiquèrent le blocage de la loi, qui entraînerait un délai estimé de 6 mois à la mise en place de la taxe. Ce revers politique du président de la République fit la une des médias, des colonnes entières furent la cible des détracteurs de la taxe qui purent alors étaler largement leurs arguments. Sans soutien politique, le gouvernement se lança dans l’exercice difficile de trouver des solutions qui feraient taire les attaques sans en susciter de nouvelles. Ainsi émergèrent des idées impossibles à mettre en œuvre, comme la création d’une taxe variable suivant le « caractère vertueux » d’une entreprise, ou la requête auprès de Bruxelles de mettre fin prématurément à l’attribution gratuite des quotas de CO2.</p>
<p>Finalement, au lendemain des élections régionales où l’UMP essuya une sévère défaite, la taxe carbone fut enterrée. Le président invoqua un éclair soudain de bon sens : cette taxe n’aurait, selon ses dires, de sens qu’à l’échelle de l’Union Européenne. Il se déclara largement favorable à une taxe Cambridge aux frontières, ce qui mit fin aux ambitions nationales jusqu’à nouvel ordre.</p>
<h2>Ça fonctionne pourtant ailleurs</h2>
<p>L’ensemble des arguments parlant d’un manque de compétitivité et de la nécessité de faire une taxe au niveau européen est une vision franco-française de cette réforme. Ce qui est nouveau en France ne l’est pas au niveau européen.</p>
<blockquote><p><strong>La Suède, laboratoire mondial de la taxe Carbone</strong></p>
<p>Souvent citée dans les études gouvernementales et oubliée par la presse et dans les déclarations publiques, la Suède fait pourtant office de modèle en matière de fiscalité verte.  Dès 1990,  elle instaura une taxe carbone pour un montant fixé à l’époque à 27€ la tonne. Ce montant a progressivement été augmenté ces vingt dernières années jusqu’à atteindre aujourd’hui 108€ la tonne, soit plus que l’objectif français fixé pour 2030.</p>
<p>Cette taxe sert principalement aux émissions dites diffuses, c&#8217;est-à-dire celles qui proviennent des petits centres de consommations (voitures, cuisson et chauffage des commerces et des particuliers, …) puisque les industriels suédois ne supportent qu’une taxe moitié moins élevée. Le pays a-t-il perdu pour autant de sa compétitivité ? Selon Susanne Akerfeldt, conseillère du ministère des finances suédois, <em>« plusieurs études ont montré qu&#8217;entre 1990 et 2007, les émissions de CO</em><em>2 ont diminué de 9 % tandis que la Suède connaissait une croissance économique de 48 % ».</em> La taxe sur les combustibles fossiles a permis le déploiement de la biomasse : 70% des Suédois se chauffaient au bois et combustibles renouvelables en 2007 contre 24% en 1990. Les voitures qui ont été vendues sur le marché au premier semestre 2008 furent à 60% hybrides, au gaz (GPL ou GNV) voire à l’éthanol.</p>
<p>Les Suédois ne sont pourtant pas par nature des modèles de sobriété : ils sont connus pour leur forte consommation d’électricité (17MWh par an par personne contre 8MWh en France). La taxe carbone ne pèse pas sur les producteurs d’électricité, mais ce pays, avec son large parc hydraulique possède une production décarbonnée à 90% comme en France.</p>
<p>La Suède n’a effectué aucune redistribution directe du produit de sa taxe carbone. Elle a cependant subventionné largement les énergies renouvelables. Le gouvernement suédois a émis un retour d’expérience à l’attention des autres pays en déclarant que l’augmentation de la taxe carbone devait être progressive, respecter les annonces, et être utilisée pour fournir des aides aux secteurs qui auraient le plus de difficultés à effectuer leur mutation. Ces conseils sont a contrario du système français qui imaginait déployer non pas des aides mais des exonérations pour les secteurs fortement touchés. Avec le système de versement d’aides, le caractère vertueux de la taxe Carbone qui incite à la faible consommation est préservé.</p></blockquote>
<p>On peut voir de nombreux autres exemples à travers le monde.</p>
<ul>
<li>En Suisse, la taxe carbone s’établit comme en Suède à 108€ la tonne. Elle      sert d’enveloppe de subventions pour des projets de réduction d’émission.</li>
<li>Le Danemark et la Finlande ont aussi déployé la taxe dès les années 1990,      mais ont conservé un prix faible de 20€ la tonne.</li>
<li>Avec sa <em>Climate Change Levy qui </em>s’applique uniquement aux professionnels, l’Angleterre taxe l’énergie consommée afin de pousser à la sobriété énergétique. Dans les débats parlementaires, on      réclame parfois son remplacement par une <em>Carbon Levy, </em>directement basée sur les émissions de CO2 et non      le kWh brûlé.</li>
</ul>
<p>On constate donc que la taxe Carbone intéresse beaucoup d’Etats par ses effets positifs sur l’économie.</p>
<h2>On attend… 2013 ?</h2>
<p>Si l’argument de la taxe carbone européenne est pertinent car il est toujours mieux d’homogénéiser les pratiques pour être plus puissants sur la scène internationale, il ne justifie pas la suppression du projet de loi en France. Ce naufrage est délibéré et politique. Il est faux de croire que la taxe Carbone est une idée trop théorique, manquant de maturité, car elle existe avec succès dans certains pays depuis près de 20 ans.</p>
<p>Avec la mise en attente d’une taxe européenne, la France revient au seul système des quotas d’émissions développé dans les années 1990. Elle attend la prochaine phase en 2013 où ces quotas ne seront plus distribués gratuitement. Cependant, aucune incitation n’est prévue pour réduire les émissions diffuses, qui représentent environ 25% des rejets de CO2 français actuellement. En s’opposant à la taxe carbone, les citoyens semblent vouloir laisser la responsabilité et le coût de la lutte contre le réchauffement climatique aux gros industriels et à l’Etat. Or, dans une étude de l’IFOP de 2007, ils déclaraient précisément faire peu confiance à l’Etat (à 26%) et aux entreprises (à 19%) pour diminuer leurs émissions de CO2. La crise de confiance entre le peuple et le système politico-économique qui le gouverne risque fort de geler d’autres initiatives de ce type.</p>
<p>La taxe carbone a le potentiel de dynamiser l’économie française. Mais ce dynamisme passe par une responsabilisation du consommateur. Le message n’est pas de perdre du niveau de vie, mais de consommer mieux. La taxe carbone a été construite dans ce sens, mais elle a donné lieu à de nombreux quiproquos et manipulations démagogiques. Telle qu’elle a été présentée aux français, il s’agissait d’une mesure politique qui n’était pas en accord avec les recommandations des spécialistes. Un nouveau projet de loi pour la « Contribution Climat Energie », en adéquation avec l’esprit de croissance et de modernité fiscale dans laquelle elle avait été mise au point au premier abord, est largement préférable plutôt qu’un enterrement pour satisfaire théoriquement une opinion publique après un désastre électoral.  Dans un contexte international où les négociations post Copenhague avancent lentement, il est important que les pays maintiennent leurs ambitions nationales, et que le modèle de la Suède nous convainc qu’une taxe carbone intelligente est dans l’intérêt de tous.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/moo_sa/399023790/" target=_blank>(Source de l&#8217;illustration)</a></p>
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		<title>Quand la voiture électrique alimente les besoins énergétiques de l’habitat</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Apr 2010 08:10:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Professeur Pao</dc:creator>
				<category><![CDATA[Revue de presse]]></category>

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		<description><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/journal-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Revue de presse" /><br/>Le V2H est un concept qui s’inscrit dans la réflexion sur les moyens de promotion du véhicule électrique. La voiture électrique peut connecter sa batterie au système de l’habitat pour fournir de l’énergie en période où l’électricité est chère et au contenu carbone élevé et se recharger sur le réseau en période creuse.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/journal-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Revue de presse" /><br/><p>Le V2H est un concept qui s’inscrit dans la réflexion sur les moyens de promotion du véhicule électrique. La voiture électrique peut connecter sa batterie au système de l’habitat pour fournir de l’énergie en période où l’électricité est chère et au contenu carbone élevé et se recharger sur le réseau en période creuse. <a href="http://energie.sia-conseil.com/20100419-quand-la-voiture-electrique-alimente-les-besoins-energetiques-de-lhabitat/" target=_blank>Lire l&#8217;article sur le blog énergie de Sia Conseil</a></p>
<blockquote><p>Le sommet de Copenhague de décembre 2009 fut l’occasion de rappeler que le coût environnemental du niveau de confort et de mobilité que nous avons acquis est lourd. Dans l’Union des 27, l’industrie de l’énergie et le transport sont responsables de respectivement 32% et 19.5% des émissions de CO2 de la zone. Afin de réduire notre contribution au réchauffement climatique, il est essentiel de limiter la part des hydrocarbures dans notre mix énergétique en développant le véhicule électrique et en tirant profit à tout moment du potentiel électrique offert par les sources d’énergie non émettrice de CO2. Il existe un ingénieux système conçu pour réaliser ces deux objectifs à la fois : le V2H ou Vehicle-to-Home. <a href="http://energie.sia-conseil.com/20100419-quand-la-voiture-electrique-alimente-les-besoins-energetiques-de-lhabitat/" target=_blank>Lire la suite sur le blog énergie de Sia Conseil</a></p></blockquote>
<p>(<a href="http://www.flickr.com/photos/theross/862549446/" target=_blank>Source de l&#8217;image</a>)</p>
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		<title>La biodiversité en danger</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 13:25:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Professeur Pao</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ecologie]]></category>

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		<description><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/elephant-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Ecologie" /><br/>2010 est l'année internationale de la biodiversité. C'est l'occasion de comprendre pourquoi la menace qui pèse actuellement sur la biodiversité est réellement préoccupante pour l'humanité. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/elephant-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Ecologie" /><br/><p>La biodiversité est à l’honneur en cette année 2010 qui a été déclarée « Année internationale de la biodiversité » par l’Organisation des Nations Unies. Cet événement a pour objectif d’informer et de sensibiliser les citoyens sur les enjeux liés à la biodiversité tout en encourageant les initiatives de recherche et de protection des organismes vivants. Egalement en gestation : l’IPBES ou <em>Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services</em>. A l’instar du GIEC pour le réchauffement climatique, cette plateforme intergouvernementale sera chargée d’expertiser et de synthétiser les connaissances scientifiques acquises en matière de biodiversité, en vue de produire un rapport à l’attention des décideurs politiques. De nombreux scientifiques alertent la communauté internationale quant à l’état général actuel de la biodiversité. La situation est réellement préoccupante : sur toute la surface du globe, on observe des taux de disparition anormalement élevés chez certaines espèces et la dégradation des services naturellement fournis par les écosystèmes. En cause : la pression excessive exercée par l’homme sur son environnement. Au travers de ses programmes de recherche, la communauté scientifique vise à prévenir les citoyens que la diversité du vivant est fondamentale au point de ne pouvoir être endommagée sans affecter profondément les propres conditions de vie de l’Homme sur Terre.</p>
<h2>Qu’est ce que la biodiversité ?</h2>
<p>Le terme de biodiversité désigne la diversité du vivant. Cette définition très large inclut les relations entretenues entre les organismes vivants et les fonctions qu’ils assurent dans leur écosystème. Pour bien comprendre ce que recouvre le terme de biodiversité, il est nécessaire de l’appréhender sur trois niveaux :</p>
<ul>
<li>Au niveau <strong>génétique </strong>d’abord. La diversité génétique s’explique par la diversité du nombre de gènes ainsi que par l’existence de différentes versions pour un même gène : les allèles. Au cours de la reproduction sexuée, le mécanisme de la méiose sépare les gènes aléatoirement de manière à former plusieurs gamètes portant un matériel génétique distinct. Les possibilités de croisement des gamètes entre deux mêmes parents permet ensuite d’engendrer une multitude de combinaisons de gènes différentes, appelées génotypes. Plus la variabilité génétique d’une espèce est importante, plus la probabilité est forte que ses individus disposent et développent les caractères qui leur procureront les moyens de faire face aux aléas environnementaux.</li>
<li>Au niveau de l<strong>’espèce</strong> ensuite. En biodiversité, une espèce s’appréhende au travers d’une étude de populations. Une population est un groupe d’individus d’une même espèce, qui se reproduisent entre eux et qui sont isolés géographiquement les uns des autres. Ils se reproduisent rarement avec des individus d’autres populations car ils évoluent dans des environnements différents. Les populations développent ainsi des caractères adaptés à leur environnement particulier afin d’être en adéquation avec la zone qu’elles occupent. Plus de 1.4 million d’espèces d’organismes vivants (plantes, animaux, micro-organismes) on été répertoriées sur la Terre. On suppose qu’il en existe entre 5 et 100 millions, le chiffre de 14 millions est souvent avancé. Une espèce compte aux alentours de 220 populations ce qui porte le nombre de populations sur la planète à plusieurs milliards.</li>
<li>Au niveau des <strong>écosystèmes </strong>enfin. Un écosystème est constitué d’un ensemble d’êtres vivants qui exploitent un même milieu. Au sein d’un écosystème, les populations et les espèces interagissent, elles sont connectées entre elles. Un écosystème est en perpétuelle fluctuation autour d’un équilibre sans jamais l’atteindre : dès qu’une espèce est en surnombre, ses prédateurs naturels se multiplient à leur tour et rétablissent l’équilibre. En revanche, dès lors qu’une espèce est sur le déclin, les êtres vivants qui s’en nourrissent décroissent en proportion et exercent une pression moins forte sur l’espèce menacée qui peut alors se régénérer. On dit qu’un écosystème est sain s’il dispose des forces qui lui permettent de s’auto-réguler dès lors qu’il est soumis à un choc.</li>
</ul>
<h2>Pourquoi la biodiversité est-elle fondamentale ?</h2>
<p>Pour de multiples raisons, la biodiversité est fondamentale. L’homme, comme tous les êtres vivants, fait partie intégrante de la biodiversité dans la mesure où il est inclus dans un écosystème et où il interagit constamment avec son environnement. Il y puise ses ressources alimentaires et en exploite les matières premières nécessaires pour se chauffer, se déplacer, s’éclairer, construire, s’habiller et même se soigner (40 à 70% de nos médicaments sont issus de la biodiversité). Il cultive des terres, rejette des gaz, des substances chimiques et quantités d’autres déchets.<br />
Les systèmes naturels nous rendent également des services dits <strong>écosystémiques</strong>, tels que le refroidissement et le filtrage de l’air, la maîtrise des crues, la pollinisation des plantes, la lutte contre les ravageurs, l’aération du sol, la filtration et le stockage de l’eau, le cycle des substances nutritives (c&#8217;est-à-dire le traitement des nutriments par les plantes), le traitement des déchets… C’est la présence d’organismes vivants variés exerçant chacun des fonctions particulières qui détermine la bonne marche des écosystèmes en fournissant les différents services dont nous bénéficions. Ce qu’il faut retenir, c’est que plus il y a de diversité, plus il y a de relations entre les espèces et les populations, et plus un écosystème est sain. Michel Loreau, président du comité scientifique de Diversitas (programme international des sciences de la biodiversité) et médaille d’argent 2004 du CNRS soutient que dans un écosystème de prairies, une biodiversité forte favorise la fertilité de sa biomasse : « <em>Le plus intéressant dans cette expérience reste l&#8217;interprétation du mécanisme à l&#8217;origine de ce résultat. Il est dû à un effet de complémentarité entre les plantes qui exploitent au mieux collectivement les ressources disponibles.</em> » (Biodiversité les racines du mal, publication du CNRS 2010)</p>
<h2>La biodiversité est-elle menacée ?</h2>
<p>Si la question de la préservation de la biodiversité se pose aujourd’hui, c’est qu’elle suscite de profondes inquiétudes. D’après la communauté scientifique, nous assistons actuellement à une vague d’extinction massive des espèces :</p>
<ul>
<li>Le taux de disparition des espèces serait de 100 à 1000 fois supérieur au taux naturel.</li>
<li>10 à 30% des espèces mammifères, aviaires et amphibiennes seraient en voie de disparition.</li>
<li>Sur les 24 services recensés que nous procurent les écosystèmes, une quinzaine seraient dégradés.</li>
</ul>
<p>Ce n’est pas la première fois que la biodiversité de notre planète est menacée. Au cours des 500 millions d’années qui ont précédé, la Terre a connu cinq extinctions massives. Mais cette fois, le scénario est différent : la menace qui pèse sur la biodiversité ne résulte pas d’un cataclysme naturel mais serait directement imputable à l’homme. L’expansion de l’homo sapiens sapiens a profondément bouleversé les écosystèmes en place. Et l’ampleur de son impact s’est accrue avec le temps à mesure que sa technologie devenait plus puissante. Comme le souligne l’écologue du laboratoire de conservation des espèces suivi et restauration des populations, Robert Barbault « <em>Comme le castor ou l&#8217;éléphant, l&#8217;homme transforme l&#8217;environnement… mais de façon décuplée en raison de ses techniques</em> ». (Menace sur le vivant, publication du CNRS 2010)</p>
<h2>Comment l’homme menace-t-il la biodiversité ?</h2>
<p>A de nombreux égards, l’espèce humaine est responsable des dérèglements observés dans les écosystèmes.</p>
<ul>
<li>L’homme introduit de nouvelles espèces végétales ou animales qui en l’absence de prédateurs, peuvent rapidement se propager jusqu’à étouffer celles qui étaient déjà établies. On peut citer l’exemple des cichlidés, poissons naturels du lac Victoria, qui n’ont pas su résister à l’introduction dans les années 1950, de la Perche du Nil dans leur environnement. Sans autre prédateur que les pêcheurs, celle-ci s’est rapidement développée au point de supplanter les autres espèces et de détruire une grande partie de la biodiversité du lac. Les effets dévastateurs de ce redoutable carnassier pouvant atteindre 2m et plus de 130 kg ont alerté l’opinion publique en 2004 à la sortie du célèbre reportage de Hubert Sauper : <em>Le cauchemar de Darwin</em>.</li>
<li>L’homme rejette des pesticides, des produits chimiques, des éléments radioactifs, des métaux lourds dans l’atmosphère, les sols, et l’eau. Le rejet de nitrates et de phosphates (qui sont utilisées dans l’agriculture et polluent les nappes phréatiques et les cours d’eau) entraîne la prolifération d’algues qui consomment de grandes quantités d’oxygène et provoquent l’extinction des autres espèces par asphyxie. Ce phénomène appelé eutrophisation affecte de nombreux lacs ou rivières, à l’exemple des grands lacs d’Amérique du Nord durant les années 1950-1970.</li>
<li>L’homme peut surexploiter certaines ressources, c&#8217;est-à-dire qu’il consomme certaines espèces plus vite qu’elles ne peuvent se régénérer, provoquant ainsi leur raréfaction.<br />
<blockquote><p>Dernier exemple en date, médiatisé en raison de la volonté de la Commission européenne d’interdire son commerce: le <strong>thon rouge</strong>.</p>
<p>Le Japon, très gros consommateur, draine entre 80 et 90% de la production mondiale de thon rouge. Sa chair est très prisée pour la préparation des sushis et des sashimis dont la consommation s’est beaucoup développée dans le monde ces dernières années. Or le marché des sushis-sashimis est particulièrement juteux : le prix du thon rouge au kilo peut fluctuer entre 30 et plus de 500 dollars le kilogramme. Les Japonais sont en grande partie responsables de la surexploitation des stocks de thons rouges des mers du Sud et de l’Atlantique. D’après WWF, les stocks de Méditerranée ont diminué de 48% par rapport aux années 1970. En 1999, l’association Greenpeace soutenait que le nombre de thons rouges en âge de se reproduire avait subit une baisse de 80% sur les 20 dernières années. &laquo;&nbsp;Dès 1969, pour faire face à la menace d’extinction pesant sur le thon rouge, la communauté internationale s’est mobilisée et a rédigé la Convention Internationale pour la Conservation des Thonidés d’Atlantique.</p>
<p>Mais malgré les mesures de protection et l’adoption de quotas de pêche, le stock continue de s’épuiser au point que les pêcheurs ne réussissent même plus à atteindre les quotas fixés. Beaucoup de gouvernements refusent toujours de signer la proposition soutenue par l’ONU d’interdire le commerce du thon rouge d’Atlantique, parmi eux, le Japon, le Canada et plusieurs pays de la ligue arabe. De son coté, l’Union européenne cherche toujours à encadrer cette pêche mais l’appât d’un commerce aussi lucratif pousse à la pêche illégale et au non respect des quotas.</p>
<p>Par ailleurs si la pêche est remise en question, l’élevage des thons rouges dans des fermes a été fortement encouragé. Les Etats, dont la France, ont ainsi reçu des subventions qui ont permis la construction et la modernisation des navires senneurs qui pêchent le poisson destiné à l’alimentation des thons dans les fermes d’élevage. Près de 20kg de petits poissons sont nécessaires pour produire 1 seul kg de thon. Or les petits poissons sont aussi l’aliment principal d’autres espèces dont les cétacés; leur surpêche impacte profondément leur chaîne alimentaire et donc les écosystèmes marins. De plus, il faut savoir que les fermes d’élevage ne sont que des fermes destinées à l’engraissage des thons capturés en mer pas à la reproduction. En effet, le thon ne se reproduit que très peu en captivité.</p></blockquote>
</li>
<li>L’homme émet de grandes quantités de gaz à effet de serre qui, d’une part, contribuent à l’acidification des océans et, d’autre part, modifient le climat. Si les climats se réchauffent à une vitesse supérieure à celle supportée par la capacité d’adaptation de certaines espèces, cela serait lourd de conséquences. Il est impossible de déterminer avec exactitude quelle sera l’ampleur des changements qui affecteront la biodiversité mais une hausse des températures et l’amplification des phénomènes naturels comme les cyclones, sont susceptibles de perturber les habitats et d’entrainer des migrations massives ainsi que des dysfonctionnements dans la régulation naturelle des écosystèmes. La fonte des glaces en Antarctique est déjà tenue pour responsable de la diminution du stock de krills et de planctons des mers froides. Or ils se trouvent sur la même chaîne alimentaire que le manchot empereur de Terre Adélie qui se retrouve ainsi menacé.</li>
<li>L’homme urbanise et cultive et ce faisant empiète sur les territoires riches en biodiversité tels que les forêts, ou les milieux côtiers. De nombreuses espèces perdent ainsi leur habitat. De nombreuses espèces perdent ainsi leur habitat ou disparaissent parce qu’elles dépendent de la flore locale. L’agriculture qui s’est développée au détriment des terres marécageuses et des bois est tenue pour responsable de l’extinction de 9% des papillons et 14% des libellules en Europe.</li>
<p>Ces phénomènes sont accentués par notre croissance démographique. Plus une population est importante, et plus la pression qu’elle exerce sur l’environnement est forte, car elle nécessite plus d’espace et plus de ressources et pollue davantage.</p>
<h2>L’agriculture, menace pour la biodiversité ?</h2>
<p>Les effets de l’agriculture sur la biodiversité peuvent être destructeurs. Dans les pays du Sud, l’agriculture est une cause majeure de déforestation car les peuples défrichent des pans entiers de forêts pour gagner des terres arables. La forêt amazonienne perd ainsi chaque année entre 0.5 à 1% de sa surface qui est utilisée pour l’élevage intensif de bétail ou la production des biocarburants. Dans les pays du Nord, c’est l’intensification de l’agriculture et l’utilisation de pesticides et de produits chimiques ainsi que la disparition des haies ou des mares, véritables habitats pour la faune et la flore, qui sont en grande partie responsables de la dégradation de la biodiversité. Selon Denis Couvet, directeur de l’unité Conservation des espèces, restauration et suivi des populations : « <em>En 20 ans, le nombre d&#8217;oiseaux liés au milieu agricole traditionnel dans l&#8217;Hexagone a baissé de 20 % ! C&#8217;est beaucoup plus que dans les autres habitats</em> », (Réinventer l’agriculture publication du CNRS 2010). La situation est aggravée par l’enrichissement des populations qui augmentent la part des produits carnés dans leur régime alimentaire. Il faut entre 7 et 9 grammes de protéines végétales pour produire un gramme de protéine animale, ce qui entraîne l’explosion des surfaces agricoles pour répondre aux besoins.<br />
De plus, l’évolution de l’agriculture s’est accompagnée d’une optimisation des variétés utilisées suivant des critères de rendement, d’adaptation aux sols, ou de qualités esthétiques et gustatives. Malgré une diversification de la nourriture, 8 espèces animales et 15 espèces végétales subviennent à 90% de nos besoins alimentaires. Les denrées de base telles que le blé, le maïs, le riz ou la pomme de terre représentent la moitié des espèces végétales consommées. L’institution de zones de production vouées à la culture d’une espèce unique ont considérablement réduit la biodiversité de régions entières.</p>
<blockquote><h2>L’exemple des abeilles</h2>
<p>Les conséquences sur notre agriculture du déclin des pollinisateurs sont une illustration simple de l’importance des services naturels et donc de la sauvegarde de la biodiversité. Différents acteurs peuvent remplir le rôle de pollinisateur : le vent, l’eau ou les animaux. On estime à 100 000 le nombre d’espèces animales pollinisatrices, parmi elles : les oiseaux, les chauves souris, certains mammifères et surtout les insectes dont les abeilles qui contribuent pour 80% de la pollinisation des plantes à fleurs.</p>
<p>La pollinisation est le transport du pollen qui est l’élément fécondant contenu sur l’organe mâle de la fleur, la partie terminale de l’étamine ou anthère, jusqu’à l’organe reproducteur femelle, le stigmate du pistil. La pollinisation est un mode de fécondation dont dépend un grand nombre de plantes : 70% de nos cultures reposeraient tout ou en partie sur la pollinisation, 25% ne seraient pas concernées &#8211; il s’agit des céréales pour l’essentiel (blé, maïs, riz) &#8211; et l’incertitude demeure quant aux 5% restant. Les abeilles sont un vecteur essentiel de la reproduction de ces plantes. Elles sont parfaitement adaptées pour s’acquitter de la tâche : leur corps velu permet de capter et de transporter une quantité importante de pollen. Au cours d’un voyage, elles ne transportent le pollen que d’une seule espèce mais provenant de diverses origines, ce qui accroît le potentiel de fécondation des plantes en offrant un choix plus large de gamètes mâles.</p>
<p>Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que plus le nombre d’espèces pollinisatrices présentes est important, plus le processus reproducteur est efficace, car les pollinisateurs doivent redoubler d’efforts dans un environnement où la compétition pour butiner le nectar des fleurs est forte. La qualité de la pollinisation est également meilleure, déjà Darwin avait mis en évidence une moindre productivité chez les plantes qui ne sont pas visitées par des pollinisateurs. Ils apportent du pollen varié et en plus grande quantité, ce qui assure une meilleure sélection des gamètes, et par conséquent, une meilleure aptitude germinative, ainsi qu’une qualité gustative et esthétique des fruits et des légumes supérieure. De plus, pour des raisons de attirances naturelles et de caractéristiques physiques, toutes les espèces ne pollinisent pas toutes les plantes.</p>
<p>Aujourd’hui, cette diversité des pollinisateurs, et plus particulièrement des abeilles, est menacée. Afin de mieux évaluer et de mieux comprendre les causes de disparition des pollinisateurs et leur impact sur la biodiversité, un premier programme européen de recherche, le projet Alarm a été mis en place entre 2004 et 2009. Divers organismes de recherche comme le CNRS ou l’INRA sont mobilisés. Selon une étude réalisée en 2007 par le Centre national du développement agricole ou CNDA portant sur un cinquième des exploitations en France, le chiffre moyen de pertes hivernales de colonies est de 29% (ce chiffre varie considérablement selon les régions), ce qui est 19 points au dessus de la « normale ». Des études menées en Europe et dans le monde révèle le même phénomène : bien que la situation varie selon les Etats, nous assistons à un déclin généralisé des abeilles.</p>
<p>Les causes avancées d’une mortalité bien supérieure à la normale chez les abeilles diffèrent selon les régions. En France les chercheurs attribuent l’origine de la disparition des abeilles à l’usage des pesticides, et à la toxicité des produits phytosanitaires. Quelques pesticides ont été incriminés comme le Gaucho et ont été interdits, mais d’autres persistent toujours sur le marché parce que les études visant à démontrer leur effet nocif sont complexes et ne permettent pas toujours de trancher. En réalité, de nombreux facteurs interviennent : les abeilles sont également victimes de parasites, des attaques d’espèces de frelons nouvellement introduites telles le frelon asiatique, des champs magnétiques et électriques en raison des petits cristaux contenant du fer qu’elles possèdent sur l’abdomen. Enfin l’agriculture telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui est une cause importante de la disparition des abeilles. La suppression des haies qui sont un habitat pour les abeilles sauvages, la monoculture qui affecte la diversité florale, la fauche précoce ou encore le choix pour certaines variétés qui ne produisent pas de nectar, les limitations des espèces utilisées dans les jardins d’agréments sont autant de causes qui expliqueraient le déclin observé des abeilles.</p></blockquote>
<h2>Economie, pauvreté et biodiversité</h2>
<p>Afin d’envoyer un message fort aux responsables politiques, certains chercheurs ont eu l’idée de tenter une estimation de la valeur de la biodiversité. Les hectares d’écosystèmes sont évalués en fonction des espèces en présence et des services rendus tels que le travail de pollinisation des abeilles qui a été estimé à 153 milliards d&#8217;euros par l&#8217;équipe de Jean-Michel Salles ou encore le stockage du carbone d’une forêt, etc. Ces dispositifs interviennent dans les études nécessaires à la construction d’un projet d’infrastructure. Cependant ces initiatives laissent de nombreux chercheurs ou économistes dubitatifs. D’une part parce qu’évaluer le prix d’une espèce en voie de disparition n’a pas de sens, elles ne sont donc pas prises en compte dans le calcul. D’autre part parce que la valeur attribuée ne prend en compte que les services identifiables comme directement utiles aux hommes. Toute entreprise d’évaluation de la biodiversité ne peut être que partiale et imprécise. Néanmoins, elle permet de donner un ordre d’idée de l’importance des services rendus par la nature.</p>
<p>Affecter la biodiversité signifie affecter notre capital de ressources naturelles et les services qu’elles nous procurent. De nombreux peuples puisent directement leurs ressources dans la biodiversité. On estime que la pêche nourrit 200 millions de personnes dans le monde. Au Ghana, les trois-quarts de la population dépend des animaux sauvages pour leurs apports en viande (CNRS/ Chichlo Boris). Le niveau de vie de ces populations est directement affecté par la dégradation de la biodiversité.</p>
<p>La présence de l’Homme n’est pour autant pas nécessairement en opposition avec la nature. En effet de nombreux peuples vivent en adéquation dans un écosystème et font partie intégrante de la biodiversité dans le sens où ils participent au maintien de l’équilibre. La coexistence des espèces est possible, les peuples doivent s’impliquer et non pas être mis à l’écart. La <strong>Gélose</strong>, ou Gestion Locale Sécurisé consiste à confier aux communautés locales la gestion durable et la valorisation de certaines ressources comprises dans les limites de leur territoire. L’expérience a notamment été menée à Madagascar avec des résultats mitigés cependant étant donné la difficulté de concilier des intérêts divergents entre les populations et les autorités sur la gestion du territoire.</p>
<h2>Que fait la communauté internationale, et que fait l’Union Européenne ?</h2>
<p>C’est en 1992 lors du sommet de Rio que les Etats prirent la mesure d’agir collectivement au niveau international et signèrent la Convention internationale sur la diversité biologique. Puis en 2002, à lors du sommet de Johannesbourg, la communauté internationale adopte un plan et proclame son intention d’atteindre « <em>d&#8217;ici à 2010 (&#8230;) une réduction importante du rythme actuel d&#8217;appauvrissement de la diversité biologique ».</em> A Genève, en avril 2007 un Mécanisme international d’expertise scientifique sur la biodiversité (IMoSEB) est mis en œuvre. Aujourd’hui, par l’élaboration de l’IPBES et en décernant le prix Nobel d’économie à Elinor Ostrom, dont les réflexions portent sur la gestion des biens de libre accès, comme l&#8217;eau ou la biodiversité, le message envoyé par la communauté internationale est manifeste: la situation est toujours plus inquiétante et reste une priorité.</p>
<p>L’Union Européenne est un acteur de premier plan dans la sauvegarde de la biodiversité. Au travers de divers programmes, elle initie des mesures d’étude et de protection de la biodiversité. Parmi les initiatives, on peut citer la « directive Habitats » qui institue la création de zones de conservation de la biodiversité. Suite à la Communication de la Commission du 27 mars 2001 au Conseil et au Parlement européen, des plans d&#8217;action en faveur de la diversité biologique dans la protection des ressources naturelles, de l&#8217;agriculture, de la pêche ont été menés. Suite à la Communication de la Commission du 22 mai 2006 : «<em>Enrayer la diminution de la biodiversité à l&#8217;horizon 2010 et au-delà &#8211; Préserver les services écosystémiques pour le bien-être humain </em>», un plan d’action a été mis en place pour stopper le déclin de la diversité. &laquo;&nbsp;Reste à voir si ces mesures auront des impacts significatifs, car elles ont l&#8217;objectif ambitieux de faire contrepoids aux impacts des principales activités humaines : agriculture, industrie, transport, tourisme, …&nbsp;&raquo;</p>
<p>Il est essentiel de poursuivre les travaux de recherche visant à mieux connaitre la biodiversité et ses mécanismes pour mieux la protéger et trouver des solutions adaptées. Parmi les mesures prises, citons la mise en place des bandes enherbées ou le maintien des haies et du bocage qui sont des abris pour de nombreuses espèces, et apporte un peu plus de diversité dans les zones agricoles appauvries. Elles jouent également un rôle de filtrage des eaux et permettent d’absorber les produits phytosanitaires avant que ceux-ci ne rejoignent les nappes phréatiques et les cours d’eau. Une bande enherbée de 6 mètres correctement réalisée peut ainsi intercepter jusqu&#8217;à 85 % des produits phytosanitaires qui ruissellent. Des projets de restauration de la biodiversité sont entrepris par des groupes de recherches. Il s’agit de réintroduire des espèces lorsque celles-ci sont en voies d’extinction ou bien d’abattre les espèces ravageuses qui ont été introduites par l’homme et qui ont profondément déséquilibré les écosystèmes à l’œuvre. L’amélioration des techniques agricoles qui visent à utiliser moins de pesticides, d’engrais, d’eau sera déterminante. Dans cette optique, l’agriculture biologique est toute à son honneur. Des solutions plus respectueuses de l’environnement existent mais leur mise en œuvre suppose une prise de conscience préalable des impacts de l’activité de l’homme sur son milieu. C’est en ce sens que la communauté scientifique doit poursuivre ses programmes visant à une meilleure compréhension de la complexité du vivant et des bénéfices de la biodiversité.</p>
<p>(<a href="http://www.flickr.com/photos/jrguillaumin/3418355347/" target=_blank>Source de l&#8217;image</a>)</p>
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		<title>A la découverte de la France tropicale : la Réunion</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Mar 2010 17:15:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Professeur Pao</dc:creator>
				<category><![CDATA[Voyage]]></category>

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		<description><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/avion-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Voyage" /><br/>Petite présentation d'un département français à l'identité très forte, creuset de cultures et de traditions: la Réunion. A la découverte de cette île au large de l'océan Indien à mi-chemin entre l'Afrique et l'Europe.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img align="left" src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/icones/avion-ico.png" width="32" height="32" alt="" title="Voyage" /><br/><p>La Réunion est un petit morceau de France qui baigne dans l’Océan Indien, aux cotés de la grande île de Madagascar, et des îles Maurice et Rodrigues avec qui elle forme l’archipel des Mascareignes. La Réunion fait partie des 4 départements d’Outre mer français (ils seront 5 en 2011 avec le changement de statut de Mayotte). Son territoire s’étend actuellement de 75km sur 55km sur une superficie de 2512km². Cependant on révise régulièrement ces chiffres à la hausse car ils augmentent parfois lorsque les coulées de lave des éruptions volcaniques atteignent la mer. A titre de comparaison, la Corse est environ 3,5 fois plus grande. Il s’agit donc d’une petite île sur laquelle demeurent plus de 800 000 habitants d’origine africaine, malgache, métropolitaine, indienne, ou encore chinoise. Cette population doit faire face à une situation économique et sociale difficile qui, malgré les efforts de l’Etat et de l’Europe, reste en retard de développement vis-à-vis de la métropole. Pour autant, la Réunion est pleine de perspectives. Elle pourrait même servir de modèle pour la métropole dans certains domaines comme l’intégration des communautés et les énergies renouvelables. Petite présentation de ce lointain bout de France un peu particulier.</p>
<h2>Un environnement parfois hostile</h2>
<p><img src="http://www.bulles-de-savants.com/illustrations/carterun.jpg " align=right>La Réunion jouit d’un climat tropical avec des températures moyennes près des côtes qui oscillent entre 21°C l’hiver et 32°C l’été. L’île est en permanence balayée par les Alizés. Lors de la saison cyclonique qui s’étend de décembre à mai, elle subit les violents cyclones avec des vents susceptibles d’atteindre jusqu’à 300km/h et qui apportent des pluies diluviennes. La Réunion détient ainsi des records mondiaux de pluviométrie.</p>
<p>Les paysages de la Réunion sont riches et variés. C’est une île volcanique au relief très marqué. Au milieu, l’érosion a creusé trois cirques avec au centre le Piton des Neiges qui culmine à 3071m. A l’est de l’île, le Piton de la Fournaise est l’un des volcans les plus actifs de la planète. L’île est divisée en deux parties, la côte au vent sur le flanc Nord-Est est abondamment arrosée est couverte d’une végétation luxuriante, la côte sous le vent est plus sèche, c’est là que se trouve les plages touristiques.</p>
<h2>De la découverte à la colonisation</h2>
<p>La Réunion aurait d’abord été découverte au Moyen Âge par les Arabes qui sillonnaient déjà l’Océan Indien. L’île apparaît dès 1153 sur une carte du géographe arabe Al Sharif el-Edrissi sous le nom de <em>Dina Morgabin</em>. Elle figure avec les deux autres îles qui forment l’actuel archipel des Mascareignes : l’île Maurice et l’île Rodrigues. Mais les premiers à s’être intéressés à l’île seraient les Portugais au tout début du 16ème siècle. De nombreuses incertitudes demeurent quant au premier navigateur portugais qui découvrit l’île et à quelle date précise, mais ce que l’on sait, c’est que le 9 février 1507, jour de la St Apolline, des navigateurs portugais accostèrent sur l’île et la baptisèrent <em>Santa Apolonia</em>. L’île devint un point d’escale pour ces navigateurs portugais qui empruntaient la route des épices. Ils y déchargeaient leurs surplus de cargaison. En 1520 l’Archipel des trois îles fut nommé <em>Mascareignes</em> par le navigateur Pedro Mascarenhas. Personne ne semblait alors vraiment se soucier de son exploitation. En raison de son relief escarpé, l’île était particulièrement difficile d’accès et les navigateurs préféraient aborder l’île Maurice, plus accueillante.</p>
<p>Puis les Français s’approprièrent l’île à trois reprises. En 1638, un voilier français sous le commandement d’Allonse Goubert, en route pour les Indes, accosta Santa Apolonia et prit possession de l’île en attachant à un tronc d’arbre un blason aux armes de Louis XIII. L’île fut à nouveau prise par les Français en 1642, lorsque le gouverneur de Madagascar, Jacques de Pronis nomma l’île <strong>Mascarin</strong> et planta un drapeau là où se trouve l’actuelle ville de La Possession. A cette époque, l’île ne servait que de lieu d’exil pour les mutins de Madagascar. En 1649, elle fut de nouveau prise par Etienne de Flaucourt et Roger Lebourg au nom de Louis XIV. Ils la baptisèrent <em>île Bourbon</em>, en l’honneur de la dynastie du même nom qui régnait alors sur le Royaume de France.<br />
Le début de la colonisation de l’île fut marqué par la création de la <strong>Compagnie des Indes orientales</strong> par Colbert et Louis XIV en 1664. Celle-ci reçut le monopole commercial dans l’océan Indien et la souveraineté sur les îles proches de Madagascar ainsi que les futures conquêtes. Les premiers colons arrivèrent en 1665 et procédèrent au développement agricole de l’île notamment en développant la culture du café. Les colons firent venir les premiers esclaves pour travailler dans les cultures et des femmes pour permettre aux colons de fonder leur foyer. C’est ainsi que débuta le peuplement de l’île. A la fin du 18ème siècle, l’île recensait 734 habitants dont 297 femmes. Petit à petit, l’île amorça son développement. La culture du café prit son essor en 1715 avec l’introduction de plants provenant d’Arabie jusqu’à connaître un âge d’or. Elle fut progressivement délaissée au profit de la culture du coton, du tabac, de l’indigo, du girofle, de la muscade et de la vanille. Puis en 1764, la Compagnie des Indes orientales fit faillite et le Royaume de France racheta l’île Bourbon. Survint la Révolution, et en 1793 l’île Bourbon prit le nom d’<em>île de la Réunion</em>, en souvenir de la réunion des Marseillais avec plusieurs bataillons de la garde nationale au cours de l’assaut du palais des Tuileries.</p>
<h2>Une histoire marquée par l’esclavage</h2>
<p>L’histoire de la Réunion a été profondément marquée par l’esclavage. La pratique de l’esclavage s’est développée tout au long du développement de l’île afin de répondre aux besoins croissants en main d’œuvre. Des milliers d’esclaves en provenance de Madagascar et d’Afrique orientale furent déportés sur l’île pour travailler dans les plantations. Malgré l’adoption d’un Code noir en 1685, les propriétaires blancs sur l’île Bourbon firent peu de cas des contraintes qui leur étaient imposées. Lorsque en 1794, la Convention de Paris proclama l’abolition de l’esclavage, les propriétaires réunionnais refusèrent d’appliquer le décret et poursuivirent les pratiques de l’esclavage illégalement jusqu’en 1802 où il fut rétablit par Napoléon. Ce n’est qu’après 1817 que les importations d’esclaves cessèrent. Le sous-secrétaire d&#8217;État à la Marine chargé des colonies, Victor Schoelcher, décréta l’abolition de l’esclavage qui prit effet le 20 décembre 1848. Ce fut alors plus de la moitié des 110 000 habitants de l’île qui recouvrèrent leur liberté.</p>
<p>Afin de pouvoir répondre aux besoins en main d’œuvre, les propriétaires recrutèrent des travailleurs indiens et chinois censés venir pour une durée déterminée et moyennant rémunération. En 1848, ils étaient plus de 6500 venus des comptoirs commerciaux indiens et de Chine. Mais peu à peu, les Chinois abandonnèrent les durs travaux physiques dans les plantations de cannes à sucre et se tournèrent vers les activités commerçantes. Aujourd’hui encore, les petites épiceries chinoises ou <strong>ti-boutik chinois</strong> sont un élément caractéristique de l’identité réunionnaise. Le morcellement des terres et la perte d’une main d’œuvre bon marché suite à l’abolition de l’esclavage entraina la paupérisation de beaucoup de petits propriétaires blancs. Ils se réfugièrent dans les Hauts de l’île où ils entendaient mener une vie comme bon leur semblait. Aujourd’hui leurs descendants forment une catégorie sociale particulière, ils sont appelés péjorativement les <strong>Yab</strong> ou <strong>Petits-blancs-des-Hauts</strong>. Avec l’abolition de l’esclavage, les mariages entre blancs et noirs furent autorisés et la population se métissa. Néanmoins, l’égalité entre les hommes blancs et les hommes de couleur était encore loin d’être acquise. Le <strong>Code de l’Indigénat</strong> qui imposait des pratiques discriminatoires perdura de 1887 à 1946. La condition des travailleurs de couleur était assez préoccupante et beaucoup sombrèrent dans l’alcoolisme. La situation jadis prospère de l’île se dégrada avec l’ouverture du canal de Suez en 1870 qui écarta la Réunion de la route des Indes. Des Indiens musulmans du Goujarat et de Bombay vinrent encore peupler l’île à la demande du gouvernement français, ils furent surnommés par les Réunionnais les <strong>Zarabs</strong> probablement à cause de leur religion. Progressivement, l’île fut délaissée au profit de Madagascar, et s’appauvrit. Enfin, le 19 mars 1946, la Réunion devint un Département d’Outre Mer doté d’un Conseil général et d’un Conseil régional, représentée au Parlement français et au Sénat, et la préfecture fut établie à Saint-Denis. La Réunion fait aujourd’hui partie intégrante du territoire français et donc de l’Union Européenne. Cependant, sa situation un peu particulière a fait l’objet d’aménagements en conséquence.</p>
<h2>Un modèle d’intégration ?</h2>
<p>Au vu des origines très diverses des habitants de l’île, la Réunion offre un modèle plutôt réussi d’intégration. Il faut admettre que l’insularité et l’histoire de ces peuples ont fortement contribué à forger le sentiment identitaire réunionnais. Cette culture qui est issue du passé d’esclaves a été par la suite nourrie des apports des communautés qui se sont établies sur l’île. Un des éléments les plus manifestes de cette culture est la langue créole qui est pratiquée &#8211; ou au moins comprise &#8211; par tous ses habitants. Et qu’ils soient d’origine chinoise, tamoul ou cafre, les petits enfants réunionnais ont tous entendu les histoires qui appartiennent au folklore local, comme celle de Grand-mère Kal : veille sorcière qui raconte-t-on pour leur faire peur, dévalisait les voyageurs. De la case créole dotée d’un varangue et garnie de lambrequins, aux plats réunionnais fortement influencés par les cuisines indienne, chinoise et africaine, en passant par les musiques traditionnelles du Sega et du Maloya qui exprimait, à l’époque, les complaintes des esclaves sur leurs maîtres, les Réunionnais se reconnaissent tous dans cette culture commune.</p>
<p>L’intégration est renforcée par l’absence de ségrégation du territoire. Il n’y a pas de quartiers communautaires, ni vraiment de quartiers pauvres ou riches. A quelques exceptions près, il existe une relative hétérogénéité des zones d’habitations ce qui limite les phénomènes d’isolement des communautés. Sur le plan religieux, malgré l’écrasante majorité catholique (95% de la population est catholique), les peuples ont gardé leurs croyances d’origine. Cela s’explique par les conversions forcées des esclaves à l’époque et par les conversions choisies des immigrants arrivés par la suite sur l’île. Cependant chaque communauté est soucieuse d’affirmer sa place dans la société réunionnaise et de marquer son identité. Cela se traduit notamment par la conservation de rites  religieux ancestraux, pratiqués souvent en parallèle des traditions catholiques. Les Tamouls continuent de fréquenter leurs multiples petits temples et participent activement aux fêtes traditionnelles telles que le nouvel an Tamoul, la fête des lumières de Dipavali où ils défilent en costumes traditionnel avec des bougies, les marches sur le feu… Il existe également quelques temples bouddhistes où vient encore prier la communauté chinoise. Le jour du nouvel an chinois, le détonement des pétards résonne dans toute l’île. L’Islam est également présent. Les musulmans, essentiellement des Comoriens et des Indiens, représentent près de 3% de la population. La plus ancienne mosquée de France, la mosquée Noor-e-islam, a été  inaugurée en 1905 à Saint-Denis. La population musulmane de l’île n’a pas été stigmatisée et ne semble pas rencontrer de problèmes majeurs d’intégration. Cependant, les musulmans doivent observer les lois de la République laïque, par exemple le voile n’est pas toléré dans les établissements scolaires publics.</p>
<h2>Une situation économique difficile</h2>
<p>La Réunion fait partie des régions ultra périphériques de l’Union Européenne. Elle bénéficie ainsi de fonds d’aide au développement européens tels que le FEDER. La Réunion pourrait difficilement atteindre le niveau dont elle jouit actuellement sans les aides de la métropole et de l’Union Européenne. Certes la Réunion jouit d’une grande prospérité en comparaison de ses îles voisines qui sont souvent beaucoup plus pauvres, mais les perspectives économiques sont néanmoins limitées.</p>
<p>Le chômage est très élevé, il touche plus de 27% de la population active et le niveau de vie médian des Réunionnais représente 62 % de celui de la métropole. Plus d’un Réunionnais sur deux vit avec moins de 790 euros par mois. Les indicateurs de développement humain sont également inférieurs à ceux de l’hexagone: le taux d’alphabétisation est de 1% inférieur, l’espérance de vie est plus basse de 4 ans et le taux de scolarisation des 16-19 ans à la Réunion n’était que de 72 % (contre 84 % en métropole), et celui des 20-24 ans de 18 % (contre 34 %). Ce retard s’explique par le manque de perspectives quant aux possibilités d’étudier à la Réunion, le niveau général est plus faible et certaines filières ne sont pas présentes sur le territoire. Afin d’encourager les étudiants à poursuivre en métropole, la région offre des bourses de mobilité ainsi qu’un aller-retour annuel par avion.</p>
<p>Ajoutons à cela la dépendance de l’île aux importations. Son agriculture locale (essentiellement la canne à sucre, des fruits tropicaux et des épices qu’elle exporte) ne suffit pas à couvrir les besoins de l’île. La Réunion est obligée d’importer une grande partie de ses biens de consommation, de produits agricoles et des carburants ; sa balance commerciale est déficitaire de 4.3 milliards d’euros.</p>
<h2>La canne à sucre, un des symboles de l’identité réunionnaise</h2>
<p>L’une des activités principales est l’exploitation de la canne à sucre, développée dès le 18ème siècle par les colons. Elle fait partie intégrante de l’identité réunionnaise. Les esclaves, puis plus tard les travailleurs introduits d’Inde et de Chine, ont fourni la main d’œuvre nécessaire pour le travail de coupe. Le sucre était rare au début du 19ème siècle, ce qui en faisait un produit à forte valeur ajoutée, il a beaucoup contribué à enrichir l’île. Mais avec le développement de la betterave à sucre et l’apparition de chenilles « Borer » se nourrissant de la canne la canne à sucre a perdu son attrait. De nombreuses exploitations furent abandonnées et l’activité connut un déclin important. Cependant, il s’agit toujours de la principale activité agricole de l’île. Environ 26 000 hectares sont lui sont dédiés, soit un peu plus de la moitié de la surface des terres cultivées. Aujourd’hui la coupe s’effectue de plus en plus à l’aide de machines, mais on compte encore des saisonniers, principalement d’origine malgache ou comorienne, employés comme coupeurs de cannes à la main. Dès le début de la campagne sucrière en juillet, d’énormes camions, surnommés « cachalots », transportent les cannes au centre de pesée en sillonnant les petites routes des champs de cannes. Aujourd’hui, la culture de la canne à sucre n’est viable que parce qu’elle bénéficie des subventions de l’Union européenne et de l’Etat français dans les limites d’un quota de 295 000 tonnes à un prix garanti. 90% du sucre produit est destiné au marché national. La Réunion produit également du rhum, mais qui peine à s’imposer face au rhum antillais. La question se pose de savoir si la Réunion doit poursuivre cette activité peu rentable. Car pour beaucoup Réunionnais, l’abandon de la canne à sucre aurait des conséquences socio-économiques très fortes, provoquant la mise au chômage des 4700 exploitants ainsi que de nombreux emplois indirects et la disparition d’une culture qui marque le paysage réunionnais.</p>
<p>Malgré les nombreux charmes de l’île, le tourisme reste limité. La Réunion reste une destination chère et malgré une petite clientèle germanique, les touristes viennent à plus de 80% de la métropole. Le développement de ce secteur d’activité est une priorité. Il permettrait à la Réunion d’accroître ses ressources financières propres.</p>
<h2>L’avenir très prometteur des énergies renouvelables</h2>
<p>Il y a cependant un domaine dans lequel la Réunion pourrait devancer la métropole : celui des énergies renouvelables. Le potentiel de la biomasse, de la géothermie, du solaire ou encore des énergies de la mer est très important sur l’île. L’intention politique française est bien de faire de la Réunion un laboratoire des énergies renouvelables. L’île est actuellement dépendante des ressources fossiles qu’elle est obligée d’importer en totalité et qui constituaient en 2008, un peu plus de 13% de la valeur des importations de l’île (en 3ème position derrière l’industrie agricole et alimentaire et l’industrie automobile). Le mix énergétique de la production électrique reposait en 2007 sur près de 50,9 % de charbon ainsi que 12,1% de fioul. Les énergies renouvelables composaient 37% de ce mix énergétique dont 26,7% d’hydraulique et 9,7% de bagasse qui provient de la canne à sucre. La Réunion ambitionne d’atteindre l’autonomie énergétique dans la production électrique à l’horizon 2025. Le Conseil Régional ainsi que  le projet GERRI qui associe l’ensemble des collectivités territoriales visent à mettre en œuvre un Plan Régional des Energies Renouvelables et d’Utilisation Rationnelle de l’Energie (PRERURE). Le développement du solaire devrait connaître un essor important. 90 000 foyers réunionnais sont déjà équipés de chauffe-eau solaires, soit 40% de la population. La région offre déjà un crédit d’impôt, des subventions ou un complément de défiscalisation pour tous ceux qui investissent dans un chauffe-eau solaire. Depuis le décret du 19 avril 2009 publié par le Ministère de l’écologie, les Départements  d’Outre-mer doivent observer une réglementation thermique spécifique, à terme ce sont tous les bâtiments qui devraient être équipés. Le concept de ferme agri-solaires se développe à l’image de celle de Pierrefonds qui devrait permettre une production annuelle de 3 200 MWh d&#8217;électricité verte, soit la consommation annuelle de 800 foyers ou 3000 personnes. Si l’autonomie énergétique pour la production d’électricité est un succès, alors ce schéma de développement pourra servir de modèle pour les régions européennes bénéficiant d’un ensoleillement abondant.</p>
<p>Le voyageur qui posera pour la première fois son pied sur le sol réunionnais en débarquant à Saint-Denis, se demandera très certainement s’il est en Afrique ou en Europe. Les habitudes de vie et les usages sont ceux d’une région tropicale. Cependant, afin d’harmoniser les régions, la métropole et l’Union Européenne ont aussi imposé leur marque. La prise en compte des spécificités de l’île est un véritable défi pour la métropole comme pour l’Union Européenne qui doivent en assurer le développement sans risquer de révolter une population attachée à son identité réunionnaise. La révolution verte offre à la Réunion les clés de son avenir dans l’Europe.</p>
<p>(<a href="www.iledelareunion.net" target=_blank>source de la carte</a>)</p>
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